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Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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Atelier "comparer le proche"

Responsables : D. Liberski-Bagnoud, S. Dugast

Il existe au sein du laboratoire un pôle de chercheurs qui depuis de nombreuses années mènent leurs enquêtes auprès de populations situées dans une même zone géographique (les bassins des Trois Volta), locuteurs de langues « généalogiquement » apparentées (cf. G. Manessy) et qui présentent un grand nombre de ressemblances tant dans le mode d’organisation sociale que dans les institutions politiques et rituelles, le système territorial ou encore les nomenclatures de la parenté. Observées et décrites depuis le premier quart du XXe siècle, ces sociétés dites « voltaïques » ont très vite fait l’objet de nombreuses tentatives de classifications culturelles (Tauxier, Delafosse, Baumann et Westermann, etc.), sans qu’aucune ne soit pleinement satisfaisante : l’entreprise s’étant heurtée au double écueil que constituent, d’une part, l’idée erronée qu’une culture est une simple sommation de traits constitutifs et, d’autre part, une réflexion théorique insuffisante sur le rapport qui peut exister entre parenté linguistique et parenté culturelle. Tant la densité de la couverture ethnographique que la masse considérable des matériaux accumulés sur de très nombreuses facettes de ces sociétés offrent aujourd’hui une opportunité sans beaucoup d’égal dans l’histoire de l’africanisme d’étudier de manière méthodique, avec les outils adéquats, la nature des ressemblances entre des sociétés relevant d’une même famille linguistique, et de les aborder en d’autres termes que ceux d’héritage, de fond culturel commun ou d’emprunts réciproques. Quel que soit le champ d’étude abordé (divination, système sacrificiel, organisation du territoire, pratiques de fondation, institutions liées au pouvoir, etc.), les chercheurs de l’atelier ont tous, à un moment ou à un autre, pu constater l’existence de convergences entre des faits de vocabulaire que mettaient au jour leurs enquêtes avec d’autres dégagés ailleurs, en d’autres sociétés « voltaïques ». L’analyse des champs notionnels couverts par ces termes les aura alors, le plus souvent, conduits à noter que, tout en se recoupant en certains points, ces désignations forment comme des embranchements sémantiques entre lesquels le rapport n’est pas donné immédiatement et qu’il revient à l’ethnologue de (re)construire. Par une série d’études monographiques conjointes sur les mots fondamentaux du lexique (religieux et politique) des populations prises pour la comparaison, les membres du groupe ont souhaité consacrer une partie des travaux de l’atelier à cette tâche de « reconstruction » tout en instaurant une démarche réflexive sur les outils théoriques (autant linguistiques qu’ethnologiques) que ce type de comparatisme implique. L’objet principal de l’atelier relève toutefois d’une autre forme de comparaison. Les travaux antérieurs que certains membres du groupe ont pu conduire sur des thèmes classiques de l’ethnographie tentent à prouver la légitimité d’une démarche où ce qui est mis en regard, ce ne sont pas seulement des institutions perçues a priori comme semblables (e.g., la maîtrise de la terre dans l’aire voltaïque) ou un même type de rite (e.g., le rite accompli par un homicide) mais des configurations singulières de faits, telles que les fait surgir la recherche sur un thème donné (la fondation, le meurtre). Une fois isolé ces ensembles de faits, il convient non pas de dresser le tableau des possibles en cherchant à construire des convergences structurales, mais de suivre en toutes ses conséquences logiques le chemin qu’ouvre le rapprochement entre ces séries de données dissemblables. L’objet principal de l’atelier relève toutefois d’une autre forme de comparaison. Les travaux antérieurs que certains membres du groupe ont pu conduire sur des thèmes classiques de l’ethnographie tentent à prouver la légitimité d’une démarche où ce qui est mis en regard, ce ne sont pas seulement des institutions perçues a priori comme semblables (e.g., la maîtrise de la terre dans l’aire voltaïque) ou un même type de rite (e.g., le rite accompli par un homicide) mais des configurations singulières de faits, telles que les fait surgir la recherche sur un thème donné (la fondation, le meurtre). Une fois isolé ces ensembles de faits, il convient non pas de dresser le tableau des possibles en cherchant à construire des convergences structurales, mais de suivre en toutes ses conséquences logiques le chemin qu’ouvre le rapprochement entre ces séries de données dissemblables. C’est ainsi, par exemple, qu’une étude sur les opérations extrêmement complexes que nécessite la fondation d’un espace villageois fera apparaître au premier plan, dans telle population, cette figure du commencement qu’est le maître de la terre et dans telle autre celle du géomancien, frappeur de sable, lié à l’oracle de la Terre. Une comparaison terme à terme serait bien sûr absurde. Mais si, comme y pousse l’analyse des faits, on rapporte les attributions fondatrices de chacune de ces figures inaugurales à des modèles différents de relations à la puissance Terre, on commence à voir se dégager une séquence logique qui, elle, pourrait constituer l’élément de la comparaison. C’est par ce type d’analyse que l’atelier a commencé ses travaux en avril 2001. Deux thèmes ont été retenus (divination, « lieux du territoire ») et seront travaillés en alternance, en fonction des préoccupations individuelles des chercheurs. Ce travail comparatif du proche pourrait à terme renouveler la réflexion sur la notion d’aire culturelle dont la conception, en anthropologie, ne s’est plus guère modifiée depuis les travaux de F. Boas et de son éminent élève A. Kroeber. En plaçant les travaux de l’atelier sous le titre « Comparer le proche », l’intention n’était pas d’opposer une analyse basée sur la mise en regard de sociétés « proches » à une analyse comparant des matériaux recueillis dans des sociétés éloignées dans l’espace ou dans le temps. De fait, il s’agissait de se donner pour objet de questionnement la nature des opérations de comparaison que l’on met en œuvre dès lors que l’on cherche à construire l’ethnographie d’une société donnée, non pas telle une improbable monade, mais telle qu’elle est généralement, c’est-à-dire une élaboration spatio-temporelle particulière d’éléments communs à un ensemble de sociétés proches par la langue, l’histoire, la géographie. Point de méthode plus que simple constat, les membres de l’atelier partagent l’idée que l’on ne peut prétendre décrire une société particulière (ni même un fragment de cette société) sans mettre en regard les faits que l’on y rencontre avec ceux, de même nature, relevés dans ces sociétés ainsi définies comme « proches ». Le mouvement d’aller-retour entre les ethnographies particulières, constitutif de cette démarche ethnographique, et qui témoigne d’un comparatisme « radical », en ce sens qu’il se situe à la racine de l’élaboration des matériaux, est généralement plus ou moins méthodique. Les définitions d’école à propos de la démarche comparative (ou plus exactement, des démarches comparatives) telles que les rappelle très bien, par exemple, G. Lenclud (« Autour de Tracé de fondation. Quelques réflexions sur le problème de la comparaison », s.l.s.d., ms.) n’ont en l’occurrence pas grande utilité. Outre le fait qu’il est généralement soutenu que l’ethnographie ne serait pas concernée par l’opération comparative (selon la coupure épistémologique communément admise entre ethnographie et ethnologie), il semble évident qu’entre le projet ethnographique (comme ethnologique) qui est de « rassembler correctement les données » pour « faire parler les faits eux-mêmes » (selon la voie tracée par Wittgenstein, 1982) et le projet anthropologique de dégager des universaux, la démarche comparative n’est pas, ne peut pas, être la même. Dans le premier cas, on a affaire à quelque chose comme une description comparative où le recours aux opérations de la comparaison à différents moments clefs de l’élaboration des matériaux vient servir le besoin de comprendre et, donc, la nécessité de traduire (une réalité dans une autre, une langue dans une autre, etc.). Dans le second cas, on est confronté à des théories qui emploient la comparaison dans le souci d’expliquer, et par là même, de justifier leur existence comme productrice d’un sens ajouté (historique, typologique, statistique, etc.). Que la catégorie du point de vue de laquelle on compare soit une catégorie de la langue régionale, une catégorie standard de l’ethnologie ou une catégorie du sens commun, l’opération comparative consistant en un mouvement d’aller-retour entre les ethnographies particulières de sociétés apparentées (par la langue et/ou l’histoire et la géographie), permet de ramener à la surface non pas des « modèles » indigènes, encore moins d’hypothétiques formes élémentaires proto-typiques, mais des « effets de sens » - les travaux de l’atelier l’ont prouvé à maintes reprises. Effets de sens autant que glissement du sens, qui, à chaque fois qu’ils apparaissent, exigent de l’ethnologue une reprise de ses données, pour suivre en toutes leurs conséquences les nouveaux sèmes ainsi mis au jour dans chacune des sociétés prises comme unités de la comparaison. Il ne s’agit pas, au terme de ces cheminements, de chercher à fabriquer une chimère qui inclurait « tous les sèmes » rencontrés le long du trajet, ni de rechercher entre ces « sens » des relations paradigmatiques pour construire un tableau des possibles (les glissement du sens ne se ramènent pas à des séries d’oppositions binaires). La finalité d’une telle démarche « comparative » est, certes, d’éclairer les données que l’on a recueillies dans une société particulière, et de permettre ainsi de les organiser « correctement », mais elle permet aussi et tout autant de les re-mobiliser (comme on le dit d’un membre resté trop longtemps dans une certaine posture), afin qu’elles échappent au moins un temps au destin de toute connaissance, c’est-à-dire celui de se voir figées dans des formes archétypales, devenues vide de sens.

En outre, il a été prévu d’associer l’équipe, principalement constituée de chercheurs travaillant sur l’aire linguistique dite « voltaïque », au nouvel atelier proposé par O. Journet (« Approches comparées de la division du travail rituel selon les sexes »). En alternance avec les enquêtes sur les sites sacrés et le lien territorial dans l’aire voltaïque, il s’agira donc d’axer les recherches comparatives sur la thématique de la division du travail rituel selon les sexes, en prenant pour appui, cette fois, les sociétés de la région dite des « Rivières du sud ». Dans l’une comme l’autre de ces équipes, il s’agira dans le déroulement même de la recherche, d’adopter une démarche réflexive visant à mettre en lumière les spécificités de la méthode comparative quand les unités prises pour la comparaison sont étroitement liées par la langue, l’histoire, la géographie (utilisation critique des outils linguistiques, mise en évidence des implicites de la « ressemblance » et des « différences »). L’opération comparative sera ainsi doublement croisée : tout d’abord, du point de vue des thématiques (comment fabrique-t-on du territoire dans les sociétés des rivières du sud et, inversement, qu’en est-il de la division du travail rituel selon les sexes dans les populations voltaïques), mais également du point de vue des régions elles-mêmes (dans un cas, la plupart des sociétés voisines sont linguistiquement apparentées, dans l’autre, on est en présence d’une mosaïque linguistique).

Voir la chronique de l’atelier réalisée par R. de Selva