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Accueil du site > La recherche > Séminaires et ateliers > Séminaires & ateliers à Ivry-sur-Seine > Approches comparées de la division du travail rituel selon les sexes dans les sociétés des "Rivières du sud"

Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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Approches comparées de la division du travail rituel selon les sexes dans les sociétés des "Rivières du sud"

Responsable : Odile Journet

Quelques chercheurs membres ou proches de l’équipe ont réalisé au cours des années passées d’importantes enquêtes centrées sur les modalités des rapports entre sexes et genres dans le domaine de l’action rituelle et des pratiques religieuses. Travaillant dans diverses sociétés de la région dite « des Rivières du Sud » (l’appellation est ici prise dans sa plus large extension), en particulier chez les Bijogo, Seereer, Manjak, Joola, Baga, et sans concertation préalable, leur attention avait été attirée par la position singulière qu’occupent les femmes dans les échanges rituels ou dans les pratiques cultuelles. Dès que l’on prête attention d’une part à la manière dont s’imbriquent et/ou se répondent des rites ou des rôles rituels réputés « masculins » ou « féminins » et, d’autre part, aux contextes qui commandent de façon nécessaire la ré-édition de ce procès de différenciation (ou, à l’inverse, son annulation), surgit en effet une série de questions qu’une analyse en termes de domination ultime ou de différence irréductible ne saurait épuiser. Si la différence des sexes intervient comme opérateur symbolique, comme instrument rituel, comme objet traité par le rituel, elle prend d’abord la figure d’une division du travail entre hommes et femmes. De manière générale, celle-ci peut prendre la forme d’une partition des tâches entre des hommes et des femmes habilités à les accomplir, au sein d’un même rite, ou d’une séparation entre des rites mutuellement exclusifs. On sait d’ailleurs en ce qui concerne ces derniers, que cette exclusivité apparente n’est souvent que le masque d’une mise en scène plus ou moins exubérante des rapports entre sexes et/ou entre genres.

D’autres matériaux, recueillis dans des sociétés appartenant au même ensemble régional (Balãt notamment) permettent de prendre, à cette échelle, la mesure de l’extrême diversité des modes d’articulation entre rites et rôles « masculins » ou « féminins ». Certaines sociétés ont développé un mode de partition généralisée de l’espace religieux et initiatique selon les sexes, d’autres mettent les femmes à l’écart des principales fonctions dans les cultes collectifs, tout en leur réservant une place incontournable dans des rites individuels ou familiaux ; ailleurs apparaissent de nouveaux cultes dont les adeptes sont essentiellement, mais rarement, des femmes. Ces cultes, à forte valence féminine, entretiennent un rapport souvent paradoxal avec les puissances ancestrales ou le recours à des objets, des symboles ou des actes hérités d’anciennes pratiques religieuses. Ils traitent de domaines qui excèdent largement ceux qui sont généralement assignés aux femmes (procréation, fertilité). Enfin, quelles que soient les modalités de division du travail rituel, un fait semble très généralement répandu : le déclenchement occasionnel de rites féminins collectifs lors de calamités qui affligent le groupe tout entier. La mise en perspective de ces matériaux aurait comme premier objet de préciser les termes d’une « entrée » commune permettant de développer la comparaison avec des terrains plus éloignés. L’une des premières questions, qui ne peut être formulée que de manière très générale, est celle de la pertinence d’une mise en rapport des modes de division sexuée des compétences et des rôles rituels avec la façon dont telle ou telle société articule, à l’échelle villageoise ou territoriale, fonctions politiques et fonctions religieuses. Une division entre cultes ou sociétés initiatiques masculins et féminins peut-elle par exemple coexister avec d’autres modes de partition duelle de la compétence et de l’espace rituels, que ceux-ci se polarisent autour de deux institutions (chef/maître de la terre par exemple) ou encore qu’ils soient intégrés à une même institution (royauté sacrée, société initiatique) ? Le cadre choisi pour cette première exploration - « Rivières du sud » - n’est pas seulement le fait d’une opportunité, mais il présente l’avantage d’offrir, en ce domaine, une gamme particulièrement riche de configurations à l’intérieur de sociétés qui, par ailleurs, partagent de nombreuses affinités en matière d’organisation sociale, d’histoire, de langue. Il permet en particulier de questionner l’idée selon laquelle le rôle joué par les femmes dans la vie rituelle serait à rapprocher de leur position en d’autres domaines (parenté, économie, etc.). Ce faisant, il permet de « monnayer » les questions initiales. Ainsi, entre deux sociétés qui ont développé un mode de partition généralisée de l’espace religieux selon les sexes (Bijogo et Joola), le rapport de l’un et de l’autre à différentes catégories de puissances engage des pratiques symétriques (sacrifice pour les Joola) ou opposées (entretien d’objets fétiches vs possession pour les Bijogo). Les oppositions les plus communément associées à la division des sexes - dedans/dehors ; relation d’être/relation d’avoir ; relation immanente/médiatisée, etc. - s’y voient tour à tour déjouées ou démultipliées.

Voir la chronique de l’atelier réalisée par R. de Selva