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Accueil du site > Les revues > Systèmes de pensée en Afrique noire > n°15 Totémisme

Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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n°15 Totémisme

n°15 Totémisme
Alfred Adler (dir.)

Alfred Adler : Le totémisme en Afrique noire
Bernard Juillerat : Totémisme duel, totémisme pluriel (Yafar, Nouvelle-Guinée)
Marie Mauzé : Rivages totémiques (Amérindiens de la Côte Nord-Ouest)
Frederico Rosa : L’âge d’or du totémisme
Odile Journet : Un monde diffracté. Théories joola du double animal (Sénégal)

- Présentation
- Résumés
- Summaries

Présentation n°15

Un siècle de suspicion n’a pas réussi à faire disparaître le mot "totémisme" du vocabulaire des anthropologues. Il ne suffit pas d’éliminer un mot pour se débarrasser d’un problème, même si ce mot n’est plus à la mode et s’il n’est autre chose, à l’origine, qu’un malencontreux contresens fait lors de la traduction de l’expression ojibwa ototeman. Au demeurant, l’expérience historique de l’anthropologie ne manque pas d’exemples de ces rejets qui sont parfois suivis de surprenants retours. Aujourd’hui le vieux débat sur le totémisme ne saurait avoir les mêmes enjeux qu’au début du siècle, quand l’anthropologie cherchait ce qu’il y a de plus primitif dans l’organisation des sociétés comme dans leurs systèmes de croyances.

La multiplicité des définitions de totémisme qui se sont plus ou moins contredites était inévitable dès lors que l’on cherchait à savoir quel degré d’universalité avaient ces phénomènes dont l’observation ethnographique semblait prouver qu’ils étaient répandus à travers le monde. Des savants de grand renom avaient consacré au totémisme en Afrique noire (et plus particulièrement Afrique orientale) d’importantes études. M. Delafosse et R. Rattray avaient mis en doute la validité de de cette notion appliquée aux cultures d’Afrique occidentale. Pourtant elle retrouva toute son intérêt théorique avec les recherches qu’ont entrepris Marcel Griaule et ses collaborateurs en pays dogon en Afrique occidentale. Tout le monde s’accorde sur l’idée que totémisme et organisation sociale sont inséparables.

En anthropologie, une discipline dans laquelle il n’y a peut-être pas d’autre vocabulaire spécialisé que ces mots empruntés aux langues des peuples étudiés, l’acte de définir résulte d’un choix qui, sur la base d’observations, associe tel et tel élément. L’essentiel est de dégager le caractère systématique d’une somme de traits formels appartenant à une nomenclature et impliquant pour chacune des classes définies des conduites et des attitudes distinctes. C’est à la réflexion théorique qu’il incombe de chercher à comprendre comment et pourquoi l’association totémique entre les groupes qui constituent une société, d’une part, et des espèces animales ou végétales (ou éventuellement d’autres classes d’objets), d’autre part, s’est produite et demeure durable. Mais, à cette homologie interne entre ces deux séries, il est nécessaire d’adjoindre un troisième terme extérieur à ces séries mais qui permet leur articulation. Autour de ce troisième terme pivotent soit un culte d’esprits (ancêtres, Terre, divinité céleste) ou bien un culte lié à la souveraineté politique...

Résumés n°15

- Adler, Alfred : « Le totémisme en Afrique noire », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.13-106.

Depuis plus de trois décennies, le totémisme a disparu, sinon du vocabulaire des ethnologues, du moins de leurs préoccupations théoriques. L’Afrique était pratiquement absente des débats à "l’âge d’or" du totémisme. Pourtant, elle fournit sur ce thème des matériaux originaux qui nécessitent une réflexion anthropologique approfondie. La démarche comparative dégage deux formes complètement différentes de ce qu’on désigne comme le totémisme clanique : 1] un système de croyances et de pratiques rituelles étroitement associé au culte des ancêtres dans des sociétés segmentaires dépourvues d’institutions politiques centralisées (Nuer, Dinka, Tallensi) ; 2] un système de fonctions rituelles spécialisées qui sont dévolues aux différents clans et liées entre elles en prenant place dans l’organisation politique et rituelle dont le roi et le palais représentent le centre (Shilluk, Moundang, Baganda). Ce type de totémisme conduit à reprendre la réflexion lévi-straussienne sur les rapports entre clan totémique et caste.

- Juillerat, Bernard : « Totémisme duel, totémisme pluriel. Un exemple de Nouvelle-Guinée », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris),15, 1998, pp.107-125.

L’auteur analyse deux formes de totémisme parmi les Yafar, une petite société forestière des basses terres de Papouasie Nouvelle-Guinée : un totémisme duel fondé sur l’organisation de la société en moitiés rituelles ; et un totémisme clanique dans lequel chaque patriclan ancien exhibe, à certaines occasions rituelles, un emblème peint sur masque. Le premier totémisme réfère à la cosmogonie qui fait commencer l’univers à partir d’un couple parental ancestral, ainsi qu’à deux espèces de palmiers qui sont donnés respectivement comme féminin-maternel et masculin-paternel. Le second renvoie à des espèces naturelles diverses, comestibles ou non, ne faisant pas système entre elles, contrairement aux totems de moitiés. Les deux systèmes se combinent au cours de la cérémonie Yangis dont la fonction symbolique est : d’une part, le renouvellement des espèces totémiques duelles et la recréation de la Société ; d’autre part, la perpétuation sociale des patriclans.

- Mauzé, Marie : « Rivages totémiques », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.127-168.

Bien que le totémisme n’ait pas constitué un thème central des travaux des ethnologues de la côte Nord-Ouest de l’Amérique du Nord, les sociétés de la région (en particulier les groupes septentrionaux : Tlingit, Tsimshian et Haida) n’ont cependant pas échappé à l’examen de leur organisation sociale et de leur système de croyances sous l’angle de l’hypothèse totémique. Au terme des débats sur le totémisme qui se sont achevés vers 1920, il apparaît que l’héraldisme de la côte Nord-Ouest peut être envisagé tout à fait indépendamment du totémisme en dépit de la place assignée aux espèces naturelles dans le système à blasons.

- Rosa, Frederico : « L’âge d’or du totémisme », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.169-201.

Les anthropologues évolutionnistes britanniques ont été les fondateurs d’un grand débat théorique autour du problème totémique. Il était question de trouver l’unité dans la diversité, depuis que James Frazer a compilé, en 1887, tous les contextes « totémiques » connus à l’époque. La plupart des participants évolutionnistes au débat cherchaient à reconstituer les origines du phénomène, à partir d’une mise en relief de certaines composantes, jugées plus primitives. Le principal thème de réflexion était le rapport entre les croyances totémiques et l’organisation sociale, d’autant plus que l’ethnographie australienne était au centre du débat. Les représentants des nouveaux courants de pensée du début du xxe siècle se sont également engagés dans le débat sur le totémisme, en apportant des réponses de plus en plus iconoclastes.

- Journet, Odile : « Un monde diffracté. Théories joola du double animal », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.203-230.

Composante intime de la personne, la notion de double animal chez les Joola du sud du Sénégal et du nord de la Guinée-Bissau peut-elle être - en l’absence de toute référence à des divisions claniques - considérée comme opérateur totémique ? Les variantes de cette notion sont examinées à partir des exemples fournis par trois sous-groupes joola. De manière générale, les représentations liées au double intègrent au sein même de la personne les oppositions entre catégories sociales ou segments de filiation, en particulier entre agnats et utérins. Le troisième exemple, plus longuement développé, celui des Felup, tout en permettant de penser la pluralité des appartenances de l’individu, met en scène un système de divisions spatiales que l’on peut lire comme le modèle idéal (et jamais réalisé) d’une congruence entre parenté, affinités et cohabitation.

Summaries n°15
- Adler, Alfred : « Le totémisme en Afrique noire », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.13-106.

"Totemism in sub-Saharan Africa"

For more than three decades, totemism has vanished, if not from ethnologists’ vocabulary, at least from their theoretical preoccupations. Africa was quasi absent from debates during the golden age of totemism, even though it provides original material that calls for serious anthropological thought. The comparative approach brings to light two completely different forms of what is called clan totemism ; 1] a system of ritual practices and beliefs closely associated with ancestor worship in many segmentary societies lacking politically centralized institutions (Nuer, Dinka, Tallensi) ; 2] a system of specialized ritual functions that, assigned to various clans, are interrelated within the political and ritual organization centered around the king and his palace (Shilluk, Mundang, Baganda). This type of totemism leads us to rethink Lévi-Strauss’s theory about the relations between castes and totemic clans.

- Juillerat, Bernard : « Totémisme duel, totémisme pluriel. Un exemple de Nouvelle-Guinée », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.107-125.

"Dual totemism, plural totemism : An example from New Guinea"

Among the Yafar, a small society in the lowland forests of Papua New Guinea, there are two forms of totemism : a totemism based on the organization of the society in two ritual moieties and a clan-based totemism whereby, on certain ceremonial occasions, each patriclan of long standing exhibits a painted emblem on a mask. The first form of totemism refers to the cosmogony, according to which the universe started out from an ancestral couple and from two species of palm trees presented as being respectively feminine-maternal and masculine-paternal. The second form refers to diverse natural species, whether edible or not, that do not form a system together, unlike the totems related to the moieties. The two systems combine during the Yangis ceremony which has the symbolic function, on the one hand, of renewing the dual totemic species and recreating Society ; and, on the other, of perpetuating the patriclans.

- Mauzé, Marie : « Rivages totémiques », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.127-168.

"Totemic shorelines"

Although totemism is not a central theme in the writings of anthropologists who have studied Northwest Coast native Americans, the social organization and belief systems of the societies in this area (in particular the northern groups : Tlingit, Tsimshian and Haida) have not been spared an examination based on the totemic hypothesis. Following the debates about totemism that came to an end in the 1920s, the heraldry of the Northwest Coast can be seen without any reference to totemism even though the heraldic system does assign a place to natural species.

- Rosa, Frederico : « L’âge d’or du totémisme », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.169-201.

"The golden age of totemism"

British evolutionary anthropologists instigated a major theoretical debate on totemism. In 1887, James Frazer, having compiled all "totemic" contexts known at the time, raised the question about finding unity within diversity. Most evolutionists participating in this debate sought to understand the origins of the phenomenon by focusing on the aspects deemed to be the most primitive. The principal theme, with Australian ethnography at the center of debate, was the relation between totemic beliefs and the social organization. The representatives of new currents of thought in the early 20th century became involved in the debate about totemism, but their contributions were ever more iconoclastic.

- Journet, Odile : « Un monde diffracté. Théories joola du double animal », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 15, 1998, pp.203-230.

"A diffracted world : Diola theories of the animal double"

Among the Diola in southern Senegal and northern Guinea-Bissau, can the idea of the animal double, an intimate component of personhood, be considered as a totemic operator even though there are no references to clan divisions ? Variants of this idea are examined through examples taken from three Diola subgroups. In general, the concepts related to the double incorporate within the person the opposition between social categories or descent segments, in particular between agnates and uterines. The Felup example, which is treated in length, can be used to conceive of how the individual belongs to several groups. It reveals a system of spatial divisions that can be interpreted as the ideal (but never achieved) model of congruency between kinship, affinity and coresidence.