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Accueil du site > Les revues > Systèmes de pensée en Afrique noire > n°13 Le deuil et ses rites III

Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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n°13 Le deuil et ses rites III

n°13 Le deuil et ses rites III
Danouta Liberski (dir.)

Gilbert Rouget : Brûler, casser, détruire, se réjouir. Contribution à l’étude du vocabulaire des funérailles chez les Goun (République du Bénin)
Rosita de Selva : Contraindre ou le rôle funèbre du jãdu patuã, peintre-magicien (Bengale, Inde)
Alfred Adler : Levée de deuil et consécration de l’héritier (Moundang, Tchad)
Marie-Josée Jamous : Fixer le nom de l’ancêtre (Porto-Novo, Bénin)
Michèle Fiéloux : Le retour du père (Lobi, Burkina Faso)
Danouta Liberski : Le lien défait (Kasena, Burkina Faso)
Jean-Marc Durantel : La danse du masque noir. Rites funéraires des Mossi du Kadiogo, (Burkina Faso)

- Résumés
- Summaries

Résumés n°13

- Rouget, Gilbert : « Brûler, casser, détruire, se réjouir. Contribution à l’étude du vocabulaire des funérailles chez les Goun (République du Bénin) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.739.

Le rituel funéraire des Goun comporte, à deux moments différents, une crémation des affaires du mort appelée agò, terme posant plusieurs problèmes au niveau du mot et de la chose. Se basant sur l’analyse des textes disponibles, sur l’observation personnelle d’un rituel et sur la comparaison avec des données provenant d’ethnies voisines (des Edo à l’est aux Ashanti à l’ouest), on propose de voir : 1] dans le mot lui-même un emprunt au yoruba, agò, qui désigne un abri provisoire ; 2] dans les différentes manières de détruire des objets de cet ordre dans différentes ethnies, les éléments d’un seul et même groupe de transformations ; 3] dans les ambiguïtés du terme en goun, celles des sentiments mis en jeu dans le rituel et transparaissant à la fois dans le texte d’un chant recueilli sur place et dans le comportement de ceux qui l’exécutent.

- de Selva, Rosita : « Contraindre ou le rôle du jãdu patuã (Bengale, Inde) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.41-85.

Le jãdu patuã, Hindou de basse caste, est à l’affût des décès qui surviennent chez les Santals. Par une habileté à jouer des trois personnes du discours (je, tu, il) dans les paroles qu’il prononce devant la maison endeuillée, il recrée la contrainte de deuil qui lie le fils à son père tant que ce dernier n’est pas « entré dans le royaume des morts », où règne Yama, « dieu d’écriture ». Par ces artifices, les objets cités dans son discours, et manipulés par le fils, deviennent ceux du défunt. Ayant ainsi réouvert une créance dont il est devenu le porteur, le patuã termine sa visite en portant sur une figure peinte (pa) la pupille de l’œil qui permettra au défunt de « voir ». Pour les Santals, l’art du patuãrelève du jãdu, « magie ». On peut se demander toutefois si son habileté à contraindre ne le fait pas aussi apparaître comme une figure de Yama lui-même.

- Adler, Alfred : « Levée de deuil et consécration de l’héritier (Moundang, Tchad) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.87-118

Le rituel des funérailles chez les Moundang du Tchad comporte deux phases essentielles. La première peut se définir comme une procédure d’installation et de consécration de l’héritier du défunt qui va désormais occuper la position sociale de la personne à laquelle il succède et accéder du même coup à la plénitude de son statut. La deuxième est celle du départ définitif vers le séjour des morts de l’âme du défunt. Ce sont les masques claniques et l’allié cathartique qui jouent alors le rôle principal. Dans la mesure où c’est seulement d’un père et maître de maison que l’on hérite vraiment (la concession et le troupeau), et du fait qu’une femme ne transmet que des biens féminins qui sont choses personnelles, les rites masculins et féminins diffèrent profondément. C’est la sortie des masques et la répétition du geste de la circoncision qui marquent l’accession du fils aîné au statut de père. Ce sont les danses et des jeux mimétiques (scènes de la vie féminine) seulement qui accompagnent l’âme de la défunte dans son dernier voyage.

- Jamous, Marie-Josée : « Fixer le nom de l’ancêtre (Porto-Novo, Bénin) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.119-155.

Plusieurs actes rituels scandent les premières et secondes funérailles des Gun de Porto-Novo : 1] actes de rupture (brûler les vieilles « enveloppes », embarquer les crânes vers le pays des morts, casser les « poteries-souffles », brûler les restes des morts dans la brousse) ; 2] actes de construction du statut des morts dans l’au-delà (habiller les morts, leur envoyer des « enveloppes » neuves, leur donner à boire et à manger) ; 3] actes d’établissement dans le quartier (établir les morts dans leur relation à l’ancêtre fondateur, planter leur noms sur son autel). Comme officiante principale des cérémonies et comme représentante de l’ancêtre fondateur, la tanyinon, la « mère » des tantes paternelles (sorte d’aînée absolue du lignage) conduit les rituels de transformation des morts en ancêtres et inscrit les enfants du lignage dans la suite des générations.

- Fiéloux, Michèle : « Le retour du père (Lobi, Burkina Faso) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.157-182

Le rite lobi des secondes funérailles (bobuùr) est réservé aux adultes qui ont accédé à un certain grade initiatique. L’analyse porte essentiellement sur les conceptions relatives à la construction d’un ancêtre et du lieu de culte correspondant, à travers les manipulations de deux types d’objet : une relique et un objet familier. Alors qu’on élabore une première esquisse du lieu de culte dédié à l’ancêtre-père pendant le rite (première image qui le « présentifie » ici-bas), on doit l’achever au moment de la construction définitive de l’ancêtre plusieurs années après la fin du bobuùr.

- Liberski, Danouta : « Le lien défait (Kasena, Burkina Faso) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994.

Certains orphelins, au lendemain des funérailles célébrées pour leur père défunt (ou leur mère défunte) doivent subir un dernier rite, dit « on dénoue le làrà », lors duquel de vraies cordelettes attachées au corps des patients sont déliées, avant d’être l’objet d’un traitement sacrificiel très minutieux. L’obligation de dénouer les cordelettes ne pèse pas sur tous les « enfants du mort », mais uniquement sur ceux des orphelins qui ont statut, les uns de premier-né (de l’un et de l’autre sexe), les autres de dernier-né (de l’un ou de l’autre sexe), et ce dans les limites du segment majeur du défunt. L’auteur a tenté de comprendre la nature du lien qui rattachait encore à leur parent défunt cette catégorie bien singulière d’orphelins.

Summaries n°13

- Rouget, Gilbert : « Brûler, casser, détruire, se réjouir. Contribution à l’étude du vocabulaire des funérailles chez les Goun (Bénin) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.7-39.

"Burning, Breaking, Destroying, Rejoicing : Contribution to a Study of Funeral Vocabulary among the Gun (Benin)"

At two different times during the Gun funeral ritual, the belongings of the deceased are cremated. This is called agò, a term raising problems about both the word itself and "the thing". On the grounds of an analysis of available texts, personal observations of a ceremony and a comparison with neighbouring peoples (from the Edo to the east to the Asante to the west), the propositions are made to consider : 1) the word itself to be a loan from Yoruba, where agò designates a temporary shelter ; 2) the ways these various peoples destroy the belongings of the deceased to be elements in a single group of structural transformations ; 3) the ambiguity of the Gun word to be the reflection of the ambiguity of the feelings that come into play during the ceremony, as can be seen through both the text of a song noted in the field and the behaviour of those who perform the song.

- de Selva, Rosita : « Contraindre ou le rôle du jãdu patuã (Bengale, India) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.41-85

"The stick and the trick... The jãdu patuãs Coercive Role (Bengal, India)"

The jãdu patuã, a lower caste Hindu, watches out for deaths in Santal households. While he addresses the family, he identifies the son, the deceased father and himself as "you", "I" and "he" respectively and then asks for, in particular, a plate and a chicken. Through the patuã’s wordplay on the three (grammatical) persons, the requested objects are turned into the father’s belongings, and should be given to him as long as he has not entered the "realm of the dead", where Yama reigns. Through his tricks, the patuã places himself as a necessary intermediary in the father/son relationship. He can then add to his painting (pa), which now represents the deceased, the pupil of the eye that will enable the latter to "see". For the Santal, the patuã’s art is magic ( jãdu). But might his coercive ability not liken him to Yama ?

- Adler, Alfred : « Levée de deuil et consécration de l’héritier (Moundang, Tchad) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.87-118.

"The End of Mourning and Consecration of the Heir (Mundang, Chad)"

Mundang funeral ceremonies (Chad) comprise two essential phases. The first can be defined as a procedure for installing and consecrating the heir who will fill the social position of the deceased and thus acquire the latter’s full-fledged status. The second corresponds to the soul’s definitive departure toward the abode of the dead. The clan’s masks and an affine in a joking relationship then play the leading role. Since one can, in fact, only inherit a father who is head of a household (his compound and herd) and since a woman can leave behind only her personal, feminine belongings as an inheritance, masculine and feminine funeral rites are quite different. The elder son’s acquisition of the status of "father" is signaled by a ceremony when the masks are brought out and the gestures of circumcision are repeated. Only the dances and games that imitate scenes from a woman’s life accompany the soul of a deceased woman on its last trip.

- Jamous, Marie-Josée : « Fixer le nom de l’ancêtre (Porto-Novo, Bénin) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.119-155.

"Fixing the Ancestor’s Name (Porto-Novo, Benin)"

The Gun in Porto-Novo perform the following ritual actions during the first and second funeral ceremonies : 1] actions of rupture, such as burning old "envelopes", embarking skulls toward the land of the dead, breaking pottery and burning the remains of the dead ; 2] actions for constructing the status of the dead in the hereafter, such as clothing them, sending them new "envelopes", giving them food and drink ; 3] actions for positioning the dead in relation to the founding ancestor and fixing their names on the latter’s altar. As the principal officiant of these ceremonies and the founding ancestor’s representative, the tanyinon the "mother" of paternal aunts (a sort of absolute elder in the lineage)" conducts the rites for transforming the dead into ancestors and integrating the lineage’s children in succeeding generations.

- Fiéloux, Michèle : « Le retour du père (Lobi, Burkina Faso) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994, pp.157-182.

"The Father’s Return (Lobi, Burkina Faso)"

Second funeral ceremonies (bobuùr) among the Lobi are reserved for adults who have attained a certain rank in initiation. The construction of an ancestor and of its place of worship are analyzed through the manipulations of a relic and a familiar object. Whereas an initial place of worship dedicated to the ancestor-father (his first « presentation » here below) is made during these ceremonies, it must be completed when the ancestor is definitively constructed several years after bobuùr ends.

- Liberski, Danouta : « Le lien défait (Kasena, Burkina Faso) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 13, 1994.

"Bonds Undone (Kasena, Burkina Faso)"

The day after the funerals for their deceased mother or father, certain orphans must undergo a last rite (called "untying the làrà") when real strings tied to their bodies are untied and then treated to a very meticulous sacrificial treatment. The duty of untying the strings does not fall on all the "children of the dead". It concerns only those who, within the limits of the major lineage segments to which the deceased belonged, have a status either of first-born of both sexes or of last-born. Light is shed on the nature of the ties that binds this very particular category of orphans to the deceased parent.