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Accueil du site > Les revues > Systèmes de pensée en Afrique noire > n°12 Fétiches : puissance des objets

Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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n°12 Fétiches : puissance des objets

n°12 Fétiches : puissance des objets
Albert de Surgy (dir.)

Odile Journet : Le harpon et le bâton (Joola-Felup, Guinée-Bissau)
Christine Henry : Les arebuko des Bijogo (Guinée-Bissau). Culte de possession, objets de puissance
Danielle Joncker : Autels sacrificiels et puissances religieuses.
Le Manyan (Bamana Minyanka, Mali)
Albert de Surgy : Les ingrédients des fétiches
Louis Hourmant : La relation à l’objet sacré dans un culte néo-bouddhique. La Soka Gakkai française
Pierre Lory : Verbe coranique et magie en terre d’Islam
Constant Hamès : Entre recette magique d’al-Bûnî et prière islamique d’al-Ghazâlî. Textes talismaniques d’Afrique occidentale

- Résumés
- Summaries

Résumés n°12

- Journet, Odile, : « Le harpon et le bâton (Joola-Felup, Guinée-Bissau) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

L’espace socio-religieux lié au système des ukin est traversé d’une opposition au niveau de la relation des responsables à leurs ukin, relation symbolisée par le harpon et le bâton. L’examen des pratiques rituelles liées à cette opposition permet d’esquisser une ligne de démarcation entre deux modèles : manipulation d’objets, pratique de type « fétichiste » d’une part ; immanence de la relation aux ukin, transformation du responsable en « être sacrificiel » d’autre part. Cette différentiation renvoie à une partition générale des domaines traités par les ukin. Tandis que les ukin « à bâton » sont surtout impliqués dans tout ce qui touche à la division sexuelle et à la succession des saisons, les ukin « à harpon » opèrent dans le champ des relations sociales et des conflits jamais épuisés.

- Henry, Christine : « Les arebuko des Bijogo (Guinée-Bissau). Culte de possession, objets de puissance », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

Les Bijogo nomment d’un même terme le principe vital des êtres vivants, les morts et les objets auxquels ils rendent un culte. Les différents aspects de cette notion sont présentés, où s’opposent deux modes de relation au transcendant : un mode direct réservé aux femmes, à savoir la possession ; et un mode indirect, le culte rendu aux puissances-objets que les hommes fabriquent.

- Jonckers, Danielle, : « Autels sacrificiels et puissances religieuses. Le Manyan (Bamana-Minyanka, Mali) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

Cet article porte sur l’origine, l’acquisition et la composition des « autels » du culte collectif du Manyan encore pratiqué chez les Bamana-Minyanka du sud du Mali et sur l’organisation sociale de ce culte et son inscription dans le système de pensée bamana. Dans celui-ci, tous les éléments de l’univers sont dotés de force (nyama) : le monde est un système énergétique où certains individus et certaines choses peuvent capter ou concentrer plus de force que d’autres et agir sur le destin. Selon les circonstances, les autels sont mobilisés à des fins privées ou collectives, et deviennent choses sacrées ou maléfiques. Dans un cas comme dans l’autre, le secret est à la base de la puissance de ces choses, qui confortent le pouvoir des puissants et garantissent l’ordre social.

- Surgy, Albert de : « Les ingrédients des fétiches », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

Les « fétiches » en vigueur chez les Adja-Evhé du Togo doivent l’essentiel de leur efficacité à des ingrédients dissimulés aux regards, entassés les uns sur les autres, n’ayant nullement pour fonction de représenter ou de signifier quelque chose d’autre. Dépourvus de toute liaison avec des esprits particuliers, ils ne sont destinés qu’à évoquer la force spirituelle ayant affecté le corps ou l’objet dont ils proviennent. On utilise ces ingrédients pour s’approcher d’entités surnaturelles (par exemple les vodou), auxquelles il est indispensable d’avoir été initié avant de pouvoir les forcer à entrer en jeu au moyen de paroles qui les identifient.

- Hourmant, Louis : « La relation à l’objet sacré dans un culte néo-bouddhique. La Sôka Gakkai française », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

Les religions japonaises, nouvelles aussi bien que traditionnelles, installent fréquemment un ou plusieurs objets sacrés au centre du culte collectif ou domestique. Implantée en France, la Sôka Gakkai tente de propager le bouddhisme de l’école Nichiren dans le monde entier. Dans cette organisation, l’objet sacré est un mandala idéogrammatique, le Gohonzon, qui est "mis en action" par la pratique quotidienne du fidèle et censé engendrer des bienfaits divers. Le rapport à cet objet est analysé comme une relation de médiation : le mandala est transformé en miroir symbolique, ce qui permet à chaque pratiquant d’interpréter les événements quotidiens et de changer sa vie. Cette organisation associe un contrôle étroit du rituel à une grande liberté dans la définition des objectifs de la pratique par chaque fidèle.

- Lory, Pierre : « Verbe coranique et magie en terre d’Islam », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

La fonction attribuée au verbe en magie islamique ne dérive pas de la simple idée que la parole véhicule une force, ou que la structure du langage correspond à celle de l’univers. Pour les ésotéristes musulmans, le monde sensible et le langage sont deux faces d’une même réalité. Les paroles prononcées ou écrites manifestent et accompagnent le déploiement en acte de la création. Les ouvrages d’al-Bûnî ou d’Ibn al-Hâjj Tilimsânî proposent des techniques où l’usage des noms et notamment des versets coraniques permet d’exercer une action sur des anges, des djinns ou des forces naturelles. Ces pratiques sont souvent assumées par des marabouts, soufis ou supposés tels ; mais chaque croyant peut y avoir accès et profiter des bienfaits du pouvoir secret de la parole sacrée.

- Hamès, Constant : « Entre recette magique d’al-Bûnî et prière islamique d’al-Ghazâlî. Textes talismaniques d’Afrique occidentale », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

En analysant des recettes et textes talismaniques d’inspiration islamique, écrits en arabe et provenant d’Afrique occidentale, on est amené à distinguer deux types de formulations, chacune permettant, théoriquement, d’obtenir des avantages de tous ordres, notamment de répondre à des besoins individuels. La première formulation peut être rapportée à un type de prière ritualisée (du’à’, supplique/demande) dont le modèle le plus prégnant dans la culture islamique figure dans l’œuvre d’al-Ghazâlî (mort en 1111). La deuxième formulation se situe dans une perspective de magie opérant à l’intérieur de l’islam et s’inspirant du modèle constitué par l’œuvre d’al-Bûnî (mort en 1225).

Summaries n°12

- Journet, Odile : « Le harpon et le bâton (Joola-Felup, Guinée-Bissau) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

"The Harpoon and the Stick : (Dyola-Felup, Guinea-Bissau)"

An opposition runs through the Dyola-Felup ukin system between two types de relations that, symbolized by the harpoon and the stick, people develop with their ukin. By examining ritual practices, two models can be demarcated : on the one hand, the "fetishistic" manipulation of these objects ; and, on the other, an immanent relationship wherein worshippers become "sacrificial beings". This demarcation is related to realms of intervention : whereas the "stick" ukin are involved in anything having to do with differences between the sexes and with the change of seasons, the "harpoon" ukin operate in the field of social relations with its endless conflicts.

- Henry, Christine : « Les arebuko des Bijogo (Guinée-Bissau). Culte de possession, objets de puissance », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

"The Bijago Arebuko (Guinea-Bissau), a Cult of Possession and Power Objects"

The Bijago use the same term to designate the deceased, the vital force in living beings and the objects at the center of a cult. This notion’s many aspects are presented, in particular the contrast between two types of relationships with the transcendental sphere : the direct relationship of women (through possession) and an indirect one, namely the cult of the power objects made by men.

- Jonckers, Danielle, : « Autels sacrificiels et puissances religieuses. Le Manyan (Bamana-Minyanka, Mali) », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993."Sacrificial Altars and Supernatural Powers : The Manyan (Bamana-Minyanka, Mali)"

This article deals with the origins of the altars - how they are acquired and what they are made of - used in the Manyan cult, which is still observed by the Bamana-Minyanka in southern Mali. This cult’s social organization fits into the Bamana system of thought, wherein everything in the universe is endowed with force (nyama). The world is a system of energy wherein certain persons and things obtain, or concentrate, more energy than others and can thus act on fate. Depending on the circumstances, these altars are used for private or collective purposes ; and they become sacred or evil. In either case, secrecy underlies the power of these objects, which reinforce the power of the mighty and guarantee order.

- Surgy, Albert de : « Les ingrédients des fétiches », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

"The Essential Ingredients of Fetishes"

The "fetishes" used by the Adja-Ewe (Togo) are efficacious because of their ingredients, which, concealed by being piled on top each other, do not represent or signify anything else. These ingredients are not linked to particular spirits. They merely evoke the type of spiritual force that affected the bodies or objects whence they have been extracted. A person uses these fetishes to approach supernatural entities (for example, the voodoo), but he has to have been initiated before the latter can be made to come into play through the words identifying them.

- Hourmant, Louis : « La relation à l’objet sacré dans un culte néo-bouddhique : La Sôka Gakkai française », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

"The Relation to a Sacred Object in a Neo-Buddhist Cult : The French Soka Gakkai"

New as well as traditional Japanese religions often center collective or household religious observances around sacred objects. Installed in France, the Soka Gakkai propagates the Nichiren School of Buddhism throughout the world. In this organization, the sacred object is an ideogrammic mandala, Gohonzon, that, activated by the daily practices of the faithful, supposedly procures various benefits. The relation with this object is analyzed as a mediation : the mandala becomes a symbolic mirror, which enables believers to interpret everyday events and change their lives. This organization associates a tight control over ritual with a wide degree of freedom in defining the objectives pursued by the faithful.

- Lory, Pierre : « Verbe coranique et magie en terre d’Islam », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

"Between al-Bûnî’s Magical Formulae and al-Gazâlî’s Islamic Prayers : Talismanic Texts"

The function of the Word in Islamic magic does not simply derive from the idea that words convey a force or that the structure of language corresponds to that of the universe. Esoteric Muslims consider the cosmos as a whole to be a language in its very essence. A word, uttered or written, is the spiritual aspect of its referent. Al-Bûnî’s or Ibn al-Hâjj Tilimsânî’s writings propose techniques for using names and especially verses from the Koran so as to force angels, jinns or natural forces to serve mundane purposes. Though usually performed by reputedly Sufi marabouts, these practices are accessible to any Muslim who wants to benefit from sacred language’s secret power.

- Hamès, Constant : « Entre recette magique d’al-Bûnî et prière islamique d’al-Ghazâlî. Textes talismaniques d’Afrique occidentale », Systèmes de pensée en Afrique noire (Paris), 12, 1993.

"Between al-Bûnî’s Magical Recipes and al-Ghazâlî’s Islamic Prayer : Talismanic Texts"

By analyzing talismanic formulae and texts from western Africa that are written in Arabic and inspired by Islam, two types of formulations can be distinguished that make it theoretically possible to obtain advantages of all kinds and satisfy individuals’ needs. The first type can be likened to a ritualized prayer (du’à’, supplication/request), of which the dominant model in Islamic culture can be found in al-Ghazâlî (d. 1111)’s writings. The second type of formula has a place in magic as practised within Islam ; it is inspired by the model that figures in writings al-Bûnî’s (d.1225) writings.