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Accueil du site > La recherche > Archives des projets > VIOLAFRIQUE : Conflits & violences structurelles ordinaires. Approche comparative et interdisciplinaire dans huit villes africaines

Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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VIOLAFRIQUE : Conflits & violences structurelles ordinaires. Approche comparative et interdisciplinaire dans huit villes africaines

J. Bouju - CEMAf-Aix / ANR (conflits) sur 3 ans (2007-2009)

L’objectif de ce programme de recherche est de comprendre la nature particulière des conflits et des violences structurelles ordinaires qui mettent en cause l’ordre social et l’ordre public dans les grandes villes africaines. S’interroger sur ces questions, c’est considérer sérieusement les dimensions humaines et sociales d’un développement urbain durable des pays en voie de développement. En croissance exponentielle, les huit métropoles subsahariennes, Bamako, Conakry, Dakar, Kinshasa, Lomé, Mopti, Nouakchott, Ouagadougou que nous nous proposons d’étudier accueilleront 80 % des habitants de leur pays respectif d’ici 2015 ! Or ces villes forment aujourd’hui des configurations sociétales mixtes, intermédiaires ou ambiguës. La contradiction entre les normes véhiculées par l’Etat et le marché et celles de la société civile marque la défaillance du pouvoir et l’anomie qui caractérise un ordre public régulé par le clientélisme et la corruption. Cette situation entraîne une insoumission générale à la loi qui ne protège plus les citoyens de la violence. Aujourd’hui, le processus de mondialisation accompagne la décomposition des institutions qui encadraient naguère les conduites individuelles et les processus sociaux et qui donnaient du sens aux activités humaines et à leurs conséquences. Ce contexte favorise une recrudescence des violences structurelles qui engendrent en retour diverses manifestations de violence systémique. Les violences sexuelles et conjugales, la délinquance juvénile et la corruption attestent du mépris du civisme, pendant que la crise économique, le chômage en ne permettant plus la redistribution ni la solidarité, ont fragilisé le lien familial et augmenté la relégation, attisant ainsi le feu des conflits urbains.
On s’intéressera plus particulièrement aux différentes manifestations quotidiennes et ordinaires de violence structurelle et systémique consécutives aux confrontations de l’ordre social avec l’ordre public. La violence structurelle est consubstantielle à l’ordre public et à l’ordre communautaire et son expression comme son acceptabilité dépendent des différences culturelles concernant le statut social et les normes de l’agir en société. À la coercition normative (structurelle) de ces deux formes d’ordre social (public et communautaire) s’oppose la violence ordinaire (systémique) qui les transgresse quotidiennement.
Dans toutes les opérations de recherche, on explorera la formidable distance qui existe partout entre les règles normatives (génératrices de violence structurelle) et les règles effectives (produisant de la violence systémique), entre la loi ou la coutume et les pratiques sociales, entre ce qu’on dit qu’on fait et ce qu’on fait vraiment. Cet écart crée une immense zone d’incertitude particulièrement propice au développement des rapports de force, des conflits et de la violence.La vie quotidienne en ville s’organise autour des espaces publics urbains dont l’accès et l’usage font l’objet de conflits d’acteurs et de violences que cette recherche se propose de décrire et d’analyser. À Bamako (Mali), on étudiera les incivilités quotidiennes consécutifs à la violence structurelle que constitue la concentration des ordures ainsi que les procédures de résolution des conflits à Mopti (Mali) ou les modes d’intermédiation qui régulent l’accès aux espaces publics urbains à Dakar (Sénégal) et à Nouakchott (Mauritanie). À Lomé (Togo), on étudiera la situation de conflits liés à l’insécurité que soulève l’occupation par les déchets et par les jeunes de la rue d’un bois sacré du quartier de Bè. À Kinshasa (R.D.C.) on analysera les conflits d’héritage et d’usage liés à la spéculation foncière sur les cours d’habitation des plus anciennes familles du vieux quartier du centre-ville. Enfin à Ouagadougou (Burkina Faso) ce sont les stratégies de sécurisation individuelle pour s’adapter aux violences consécutives générées par les conflits de genres ou de générations consécutifs à la précarité du lien social qui seront étudiés. De fait, nous savons peu de chose sur ces violences sociales ordinaires et quotidiennes qui, tout autant que la coopération familiale, amicale ou vicinale, structurent les rapports sociaux.
La compréhension de ces dynamiques urbaines conflictuelles est sans aucun doute l’une des clefs de l’intelligence du monde social, de ses institutions comme de ses transformations actuelles. Nous avons choisi, dans ce projet, d’adopter une approche qualitative interdisciplinaire, empirique et comparative en faisant travailler ensemble différents spécialistes en sciences humaines, français et africains. Le choix des villes étudiées témoigne d’une volonté de confronter des terrains d’étude et des échelles d’approche temporelles et/ou spatiales différentes. Quel que soit le type de conflit/violence étudié, on attend de la méthode qu’elle mette en évidence la continuité et l’interpénétration des types et des échelles de conflit et des interprétations qui sont données aux événements, aux situations et aux contextes de violence structurelle.
Notre questionnement doit conduire à un renouvellement des analyses du lien social et de ses modes de régulation tels qu’ils s’inventent dans la ville. Ensuite, en associant des chercheurs confirmés et de jeunes chercheurs dans les pays concernés, notre projet participe au renforcement des capacités de recherche de nos partenaires africains (universités, instituts et bureaux d’études africains). Enfin, dans un objectif d’application et de vulgarisation des résultats de la recherche, on fera en sorte que les résultats puissent servir à construire une politique de coopération compatible avec un développement humain durable.

Collaboration internationale
Avec le Centre d’Études Africaines de Leiden (African Study Center), http://www.ascleiden.nl, avec lequel nous avons l’habitude de travailler (dans le cadre de l’APAD) est évident. En premier lieu, leur thème de recherche concerne les conflits politiques et ethniques qui sont hors de notre propre champ de recherche, cette complémentarité nous permettra d’évaluer la continuité et l’interpénétration des échelles et des types de conflits. Ensuite, comme la plupart des pays concernés sont autres que ceux que nous avons retenus, cette collaboration nous offre la possibilité d’élargir notre base comparative. On se trouve donc en situation de complémentarité totale, tant au plan thématique, théorique que géographique. Chacun des projets pourra tirer ainsi le meilleur parti des apports que lui fournira l’autre projet dans le cadre de la collaboration. Les modalités de collaboration incluent : la restitution des résultats de recherche à l’occasion d’une table-ronde qui réunirait à Leiden et/ou à Aix-en-Provence des chercheurs des deux programmes. Cela se fera aussi par des invitations de nos collègues hollandais à intervenir au séminaire du CEMAf ; enfin on peut envisager une publication commune sous la forme d’un ouvrage collectif classique ou dans une revue en ligne.

Résultats attendus
On vise en premier lieu à un renouvellement des questionnements, des théories et des catégories d’analyse des conflits et des violences structurelles ordinaires. Mais ces recherches doivent conduire aussi à un renouvellement des analyses du lien social urbain (solidarité, civisme, urbanité) et des modes de régulation sociale ou publique. D’autre part, ce projet pourrait contribuer à l’établissement d’un référentiel cognitif commun aux différentes disciplines des SHS sur les notions de « conflits » et de « violence ». Un colloque international serait le format adapté à un tel projet. D’autre part en associant des chercheurs confirmés (senior) et de jeunes chercheurs africains (junior) dans les différents pays concernés, notre programme participera au renforcement des capacités de recherche de nos partenaires locaux (universités, instituts et bureaux d’études africains). Enfin, dans un objectif d’application et de vulgarisation des résultats de la recherche, on peut espérer que les résultats soient capitalisés et utilisés pour mettre en oeuvre des politiques de coopération compatibles avec un développement humain durable.