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Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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Séminaire du CEMAf-Aix 2011-2012

Le séminaire a pour thème : « L’Afrique subsaharienne : construction des savoirs et politiques du passé » et son objet sera d’étudier les récits et les usages du passé des sociétés africaines, c’est-à-dire comment les références au passé de l’Afrique sont l’objet de formes d’appropriations et de constantes reconstructions socio-culturelles et politiques, et comment historiens et anthropologues étudient et racontent les sociétés africaines dans le temps.

Responsables : Catherine Atlan et Sandra Fancello

Afrique subsaharienne : Constructions des savoirs et politiques du passé


- Mercredi 12 octobre : Introduction et présentation du séminaire.
14h-16h, salle Paul-Albert Février.

- Jeudi 24 novembre 2011 : Histoire de la médecine en Afrique : l’approche biographique.
14h-16h30, salle Paul-Albert Février
Hines Mabika (IUHMSP Lausanne) : Un médecin suisse aux frontières : Dr Georges Liengme (1859-1936)
Résumé : La vie de Georges Liengme, sa pensée et sa pratique médicale furent marquées par une tendance à transcender des frontières tant géographiques, socioculturelles que biomédicales. Admis à la mission évangélique, Georges Liengme s’engagea comme médecin missionnaire en 1891 ; il apprit les langues locales et s’adonna à la pratique de l’hypnose à des fins thérapeutiques. Surnommé le « docteur Miracle », les brouilles avec les collègues de son hôpital sud-africain et avec la hiérarchie missionnaire le ramenèrent cependant en Suisse en 1906. En 1908, il fonda l’une des premières institutions psychiatriques rurales de la région de Neuchâtel. C’est là qu’il expérimenta des pratiques thérapeutiques utilisées plus tard dans des thérapies de groupe. Cette communication s’inscrit dans une approche biographique de l’histoire de la médecine et révèle le docteur Georges Liengme sous l’angle d’un briseur des tabous, d’un homme, sans doute, en avance sur les savoirs de son temps, d’un médecin aux frontières.

Jean-Paul Bado (CEMAf-Aix) : Un médecin humaniste à contretemps : le Dr Eugène Jamot, (1879-1937)
Résumé : Médecin colonial, humaniste et républicain, le docteur Eugène Jamot fut à l’avant-garde du développement de la médecine préventive, particulièrement dans le cas de la terrible trypanosomiase humaine africaine, plus connue sous le nom de « maladie du sommeil ». Cette communication retrace l’engagement de Eugène Jamot dans le Ouaddaï, malgré la répression de 1911, en Oubangui Chari, au Cameroun et en Afrique Occidentale française, en évoquant des informations inédites sur les motifs de son départ définitif de l’Afrique occidentale française en 1935 ainsi qu’un nouvel éclairage permettant de comprendre les difficultés rencontrées par le docteur Eugène Jamot dans la création du service permanent de lutte contre la trypanosomiase au Cameroun, ainsi que sur l’« Affaire des trypanosomés de Bafia ».

Guillaume Lachenal (Univ. Paris Diderot) : Biographie d’un médicament miracle en Afrique coloniale, la Pentamidine.
Résumé : Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les services de santé des colonies d’Afrique française et du Congo Belge lancent un ambitieux programme d’éradication de la maladie du sommeil. Des équipes médicales mobiles sillonnent les régions atteintes, et soumettent l’intégralité des populations à des injections préventives de pentamidine (Lomidine ®). Au cours des années 1950, plus de 10 millions d’injections de Pentamidine sont administrées – avec autorité – à des individus sains dans les foyers de trypanosomiase d’Afrique Centrale et de l’Ouest. La régression de l’épidémie est spectaculaire. Les pouvoirs coloniaux annoncent alors, avec confiance et fierté, l’éradication imminente de la maladie du sommeil. Moins de vingt ans plus tard, les experts de la lutte contre les maladies infectieuses en Afrique tiennent un discours radicalement différent. La maladie du sommeil, bien que contenue dans la plupart des pays africains, n’est pas éradiquée. De nouvelles données expérimentales, et surtout une longue série d’accidents dramatiques liés à la Pentamidine remettent radicalement en cause la sûreté et l’efficacité de la méthode : le médicament miracle est devenu inutile et dangereux. Cette présentation retracera l’histoire étonnante de ce « médicament miracle » devenu embarrassant. A partir du cas de la Pentamidine, on discutera de la place de l’utopie et de l’échec dans les programmes de santé publique coloniaux. Plus généralement, nous verrons comment l’approche biographique peut s’appliquer aux médicaments et aux choses, et comment elle peut permettre de renouveler l’histoire de l’Afrique coloniale.

- Mercredi 14 décembre 2011 : Contributions missionnaires à l’anthropologie.
14h-16h30, salle Paul-Albert Février
Bernard Coyault (LAHIC-EHESS, Paris) : Missionnaires anthropologues et prophètes : l’invention d’un christianisme autochtone, entre coopération et affrontement. Les missions suédoises et les prophétismes Kongo au Congo français (1921-1961).
Résumé : Dans les années 1920, dans la zone frontière entre Congo belge et Congo français, la prédication du « prophète » Simon Kimbangu, catéchiste protestant congolais, arrêté et déporté, va être le point de départ d’un vaste mouvement prophétique politico-religieux appelé ngunzisme. En dépit de la répression des autorités coloniales belge et française, ce mouvement d’émancipation et de contre-acculturation se développe et se ramifie en plusieurs branches jusqu’à la veille des Indépendances. En 1947, la Mission évangélique suédoise au Congo-Brazzaville est touchée à son tour par une vague prophétique. Elle débute avec les élèves congolais du séminaire de Ngouedi dont le directeur est un missionnaire et ethnologue suédois : Efraïm Andersson (1896-1989). Au lieu d’aboutir à une scission d’avec « l’Église des Blancs » et à une nouvelle répression des autorités coloniales, ce mouvement du « Réveil de 1947 », reçu avec bienveillance par Andersson, va être protégé par les missionnaires et intégré « sous contrôle ». S’appuyant sur la biographie de quelques acteurs clés (le missionnaire ethnologue et ses collaborateurs/informateurs) cette communication évoquera les modalités du compromis qui s’est construit alors, non sans tensions, entre missionnaires européens, élèves et pasteurs congolais, pour donner naissance à une « Église à deux têtes », avec un pôle institutionnel et un pôle prophétique.

- Jeudi 19 janvier 2012 : Le temps des indépendances : de l’expérience personnelle au récit scientifique.
14h-16h30, salle Duby
Elikia M’Bokolo (EHESS, Paris) : Entre Kinshasa et Paris. Pour une égo-histoire des indépendances africaines.
Cette conférence s’inscrit dans le cadre d’une réflexion sur « Le temps des indépendances, de l’expérience personnelle au récit scientifique », menée par le séminaire du CEMAf-Aix et le programme de recherche Récits de soi, Méditerranée‑Afrique. Individus, communautés, interculturalité, XVIe‑XXIe siècles. Élikia M’Bokolo a lui-même été témoin des dernières heures du régime colonial en Afrique, et des premiers temps des indépendances. C’est cette expérience individuelle qu’il raconte ici, tout en l’analysant avec ses outils d’historien. Dans le même mouvement, il témoigne de son parcours intellectuel à la lumière de son expérience personnelle. Ce double regard fait tout l’intérêt de cette communication originale, où un historien contemporain revient sur ses années de formation, entre l’Afrique et la France, pour en éclairer tant le contexte que la portée. Livrant une vision interne et réflexive sur les dernières années du Congo belge, mais également une réflexion sur le métier d’historien, Élikia M’Bokolo donne ici à entendre une magistrale leçon d’histoire. Voir la vidéo en ligne


- Jeudi 23 février 2012 : Identifications ethniques et enjeux politiques dans la Corne de l’Afrique.
14h-16h00, salle Duby
Simon Imbert-Vier (CEMAf-Aix) : Afars, Issas et la nation djiboutienne : histoires de noms
Résumé : En 1977, l’espace politique autour du golfe de Tadjoura, alors Territoire français des Afars et des Issas, émerge de la situation coloniale divisé entre deux groupes présentés comme irréductibles et antagonistes. Cette conception perdure après l’indépendance, comme lors de la lutte menée par le FRUD à partir de 1991 pour obtenir son intégration dans la nation djiboutienne, où c’est en raison de leur « afaritée » que les populations civiles du Nord du pays sont victimes d’une violente répression.
Si les discours officiels dénoncent régulièrement « l’ethnicité » - tous les gouvernements et leurs oppositions s’affirment « multi-ethniques » depuis les premiers en 1958 - ils ne font ainsi que mettre en scène son évidence. Or les circulations individuelles et collectives entre les groupes sont multiples, ce sont bien des constructions liées à une situation politique et sociale, des ressources qui peuvent être mobilisées par les acteurs selon leurs besoins. Cette intervention propose de détailler l’histoire des dénominations « ethniques » dans l’espace djiboutien et les enjeux qu’elles portent depuis les premières descriptions européennes au milieu du XIXe siècle jusqu’à l’indépendance.

Thomas Osmond (CEMAf-Aix) : Les trajectoires historiques des groupes afar, oromo et somali dans l’espace djiboutien.
Résumé : Pour tenter de mieux comprendre la nature et les transformations des entités régionales, labellisées afar, somali ou encore oromo, cette communication propose de les appréhender en tant que constructions politiques locales, prises dans la trame historique de la colonie française de Djibouti. Ces constructions impliquent des acteurs divers, des côtes de la mer Rouge à l’hinterland de la Corne, à l’interface des velléités impérialistes ottomanes, éthiopiennes et européennes. Ce sont des réseaux de sultanats, des courants missionnaires musulmans, mais aussi chrétiens, ou encore des syndicats d’intérêt économique autour de l’agriculture, l’élevage et le commerce caravanier. Dans l’espace djiboutien, les relations entre entités afar, somali ou oromo, et les acteurs de la colonisation française reflètent les rivalités régionales entre sultanats concurrents et soudent des solidarités à travers les missionnaires catholiques. Avec la construction du chemin de fer Addis Abeba-Djibouti, la cristallisation des appartenances dites « ethniques » par l’administration française est aussi instrumentalisée à l’avantage des entrepreneurs du rail et des activités de contrebande. Enfin, alors que la France refuse l’indépendance à Djibouti dans les années 1960, les identités régionales deviennent des nœuds de la contestation anticoloniale, notamment à travers les figures de l’islam confrérique.


- Jeudi 22 mars 2012 : Nationalismes culturels et mondialisation des traditions.
14h-16h30, salle Duby.
Pauline Guedj (Univ. Lyon 2) : « Se tourner vers le passé pour construire le futur » : africanité, religion akan et rituels aux États-Unis.
Résumé : En 1965, Gus Dinizulu, un musicien afro-américain des États-Unis, en tournée au Ghana, découvre un lieu de culte populaire dans le pays, l’Akonedi Shrine. Accueilli par la prêtresse en chef, introduit aux cultes des divinités vénérées sur place et anobli par les autorités politiques locales, celui-ci décide d’exporter les pratiques et rituels du lieu aux États-Unis et de fonder à New York une première maison de culte qualifiée d’akan et destinée exclusivement aux Afro-Américains. De ce premier contact naitra un vaste mouvement religieux, implanté sur la totalité de la côte Est américaine et construit autour d’un processus de transnationalisation de pratiques religieuses entre le Ghana et les États-Unis. L’objectif de cette communication sera de revenir sur les logiques de diffusion et d’appropriation de ces pratiques ainsi que d’insister sur les dynamiques identitaires observées dans ce contexte. Nous verrons alors comment de religion ancrée dans un territoire guan, les pratiques de l’Akonedi Shrine se sont d’abord « akanisées » avant de se voir revendiquées comme panafricaines.

Éric Jolly (CEMAf-Ivry) : Culture dogon planétaire et identités africaines. La modernité du passé et l’efficacité du mythe.
Résumé : À l’exception du groupe Nation of Islam, la référence à l’Afrique est le principal ressort du nationalisme culturel des Afro-Américains. Mais ce panafricanisme des diasporas noires n’interdit ni la plasticité des discours ou des pratiques, ni la diversité des formes ou des objets de réappropriation, comme le prouve l’exemple dogon examiné dans cet exposé. Si les élites afro-américaines ont récupéré la culture dogon telle qu’elle a été fixée, mythifiée et popularisée par l’ethnologie griaulienne, elles ne l’ont pas utilisée comme un modèle à imiter ; elles l’ont plutôt traitée comme une vitrine prestigieuse, un témoin pluriséculaire et un point de repère immuable démontrant aux yeux de tous la sagesse, la créativité et la supériorité originelles des Africains. Plutôt que de copier des pratiques dogon ou de s’en inspirer, ces élites universitaires, littéraires ou artistiques ont ainsi sélectionné, adapté et réinterprété quelques-uns des traits culturels dogon valorisés par Marcel Griaule pour les transformer en symboles distinctifs des traditions ancestrales et de la vitalité créative des Afro-Américains. De tels emblèmes leur permettent non seulement de revendiquer une essence africaine valorisante, mais aussi de concilier passé et futur, ancrage local et liens transnationaux, revendications nationales et visibilité internationale.


- Jeudi 19 avril 2012 : Fétiches et héros de l’Afrique équatoriale : des productions contemporaines.
14h-16h30, salle Duby.
André Mary (CNRS-LAHIC, Paris) : D’un fétichisme à l’autre : le destin d’une tête de reliquaire fang ou les malentendus d’un transfert de sacralité.
Résumé : Le destin d’une tête de reliquaire fang, « La jeune fille à la larme », déposée au Musée de Neuchâtel par le R. P. Trilles en 1902, conduit à s’interroger sur le contexte historique et ethnographique de cette collecte missionnaire et sur la transmutation paradoxale de cette « idole » de la religion des Fang en objet fétiche du marché mondial de l’art. Par quel parcours et mécanismes les « choses sacrées » que les missionnaires qualifiaient de « fétiches », de choses hideuses et diaboliques, se sont transmuées en objet d’art primitif, intégré dans un nouveau culte, dans des temples muséaux répondant à la demande d’un public occidental en quête d’esthétique exotique, de sacralité et de valeur culturelle. Arnold Gell a proposé pour dépasser le différend entre l’approche ethnologique et esthétique de construire une anthropologie de l’art à partir de l’usage métaphorique et heuristique de la catégorie de « fétiche ». En l’occurrence le rapport au fétichisme est plus que métaphorique (les missionnaires sont convaincus, comme les indigènes, de la dangerosité des fétiches pour des raisons pas si éloignées) même si du fétichisme magico-religieux au fétichisme culturel, il y a un saut significatif. Il s’agit ici de comprendre le destin singulier de ces objets en les réinscrivant dans un réseau de relations et de circulation, de production et de réception, sans oublier le « péché originel » de viol culturel qui les a coupés de l’histoire contemporaine et des métamorphoses de la religion des Fang.


- Jeudi 10 mai 2012 : Journée d’étude
Récit de soi, présence au monde : jugements et engagements.
9h30-17h30, salle Duby.
Rencontre organisée par le programme transversal MMSH « Récits de soi – Méditerranée, Afrique – XVIe-XXIe siècles » associant le CEMAf, TELEMME et l’IREMAM.
- Résumé : La prise d’écriture, le désir de se dire, engendrent un acte dont il faut mesurer, avec leurs limites, la capacité critique comme le pouvoir émancipateur. Les intervenants s’interrogeront sur les médiations qui relient les écrits personnels à leur inscription sociale, à l’histoire collective ou aux événements, notamment politiques, dont le scripteur a pu être protagoniste ou témoin. Comment la configuration singulière de l’expérience intime peut-elle s’articuler à la compréhension générale d’une société ? Comment le récit de soi peut-il fonder une réflexivité critique impliquant le passage du « je » empirique au « on » d’un individu en société, participant de la construction d’un sens commun ? En négatif, de telles interrogations interrogent aussi l’autonomie réelle de ces jugements, le poids des normes et les « injonctions d’écriture » émanant des institutions – preuve de l’enjeu que peut représenter, par exemple dans un contexte totalitaire, l’espace libre et privé du récit de soi. En considérant ainsi le récit de soi comme une action située dans un contexte, l’historien peut ouvrir une collaboration et un débat avec les sciences humaines et sociales. La question posée est notamment celle du degré d’autonomie morale et de liberté de l’acteur par rapport à son expérience sociale, à la fois en termes d’engagement et de compréhension. Programme détaillé