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Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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Histoire des transformations sociales en Afrique

Approches de terrain et méthodologie

Les responsables de ce séminaire ont choisi de réfléchir à une histoire des transformations sociales du continent africain dans la longue durée, par-delà les césures chronologiques ou spatiales.

Séminaire mensuel les 4e mardis de 16 h à 19 h
au CEMAf - Paris, salle Y. Person, 2ème étage

Par histoire sociale, nous entendons l’étude des dynamiques qui conditionnent les relations à l’environnement au sens large (naturel, économique, social, juridique et politique) dans des contextes locaux, nationaux et internationaux. Ce séminaire d’histoire fait appel à une approche pluridisciplinaire, associant sciences sociales et sciences de la nature, afin de mieux comprendre les transformations sociales face aux changements des environnements, passés et en cours. Il s’agira d’étudier les recompositions humaines et les ré-organisations spatiales et institutionnelles dans des contextes écologiques, politiques, économiques et sociaux en mutation permanente. Les méthodes de recueil et de traitement des sources seront plus particulièrement développées, ce séminaire étant inscrit au Master 2 d’histoire de l’Afrique. Seront abordés des thèmes différents mais en réalité indissociables : en particulier les changements de modes d’exploitation et de gestion des milieux, l’organisation du travail, les structures et hiérarchies sociales, les constructions identitaires, les systèmes de pensées et de croyances, les processus de gestion des corps, articulations des relations entre corps individuel et corps social, entre intime et collectif. Cette thématique certes large, sera abordée selon des angles d’approches privilégiés : l’accent sera mis sur l’histoire des groupes sociaux, de leur fluidité, de leurs relations (de pouvoir, de travail, aussi bien que rapports de genre ou de génération, rapports de production, relations de dépendance ou de domination, modes de négociation, etc.). . Cette approche globale, qui ignore délibérément le clivage classique entre histoire sociale et histoire culturelle, intègrera une histoire des techniques, des pratiques et des savoirs qui sont encore trop souvent dissociés et étudiés pour eux-mêmes.

Calendrier 2012-2013

- Mardi 27 novembre 2012 : Lotte Pelckmans (anthropologue, post-doctorante EHESS-Paris) : « Luttes contemporaines contre l’esclavage en Afrique de l’Ouest : aperçu des mouvements anti-esclavagistes (au Mali, Niger, Mauritanie et en France) ».

Cette communication analyse l’émergence d’un réseau ouest africain des organisations anti-esclavagistes à partir des théories sur les mouvements sociaux. L’existence de ces mouvements est une critique implicite qui remets en cause le concept des « sociétés post esclavagistes » en Afrique de l’Ouest.
Après avoir décrit les contextes historiques dans lesquels ces mouvements sont apparus, l’étude explore plus spécifiquement les trajectoires individuelles des leaders charismatiques de ces mouvements, leur passée personnel dans la compréhension d’idées et idéaux à l’encontre idéologies dominantes. Cette approche biographique permet de saisir les vecteurs du changement dans des contextes qui auparavant été marques par des transformations marginales.

- Mardi 4 décembre 2012 : Camilla Strandsbjerg,
La promotion du secteur financier au Bénin et pratiques populaires d’épargne et crédit Par Camilla Strandsbjerg

Résumé : Au cours de dix dernières années, le Bénin a connu un développement remarquable du secteur financier (bancaire et micro financier), et surtout, le pays s’est doté d’une politique nationale de micro crédit. Cette évolution s’inscrit dans un processus des changements idéologiques plus globaux et en particulier de promotion d’un modèle économique (néo-) libéral. Dans cette présentation il s’agit d’une part de dresser un bilan du développement du secteur bancaire et micro financier au Bénin, notamment du lien étroit entre promotion étatique du secteur et de son évolution, et d’autre part d’analyser les manières dont les discours et les pratiques de ces nouvelles institutions sont intégrés dans les pratiques existantes d’épargne et de crédit. A ce sujet nous montrerons que l’analyse des pratiques économiques populaires interroge les distinctions habituelles entre institutions « modernes » versus « traditionnelles », ou encore « formelles » versus « informelles ». Enfin nous présenterons quelques éléments de réflexions de ce travail de recherche en cours concernant la façon dont ces nouvelles institutions véhiculent des idiomes et des pratiques économiques nouvelles susceptibles de modifier non seulement les comportements économiques existants mais aussi les représentations de l’argent et de la richesse ainsi que des liens de solidarités existants. La présentation s’inscrit dans un projet de recherche post-doctorale sur la transformation des représentations de l’argent et de la richesse au Bénin. Elle se base sur des enquêtes ethnographiques en cours (2011-2012), tout en privilégiant une perspective d’analyse historique considérant les pratiques dans la longue durée.

- Mardi 29 janvier 2013 : Elena Vezzadini : « Une élite militaire exclue : ordre et révolte au Soudan colonial, 1900-1924 »
- Mardi 26 février 2013 : Philippe Petriat (doctorant allocataire, CEMAf) : « La côte africaine de la mer Rouge dans les réseaux des marchands hadramis de Djedda, 1850-1950 »
- Mardi 26 mars 2013 : Catherine Baroin (anthropologue, CNRS) : « La gérontocratie face au changement : cent ans de bouleversements chez les Rwa du Mont Méru (Tanzanie du Nord) »
- Mardi 23 avril 2013 : Pierre-Jean Le Foll-Luciani et Pauline Bernard : « Trajectoires rebelles : Genèse d’engagements individuels dans les guerres de libération en Algérie et en Ouganda (XXe siècle) ».
- Mardi 28 mai 2013 : Carol Summers, University of Richmond, « All the King’s Wives about mourning, marriage, and the campaign to return the Kabaka to Buganda in 1953-1955 ».

Calendrier 2011-2012

- 24 octobre 2011 : Adriana Piga (université de Rome) : La société civile en Afrique de l’Ouest (2000-2010)

- 14 Novembre 2011 : Vincent Leblan (Centre Norbert Elias, UMR EHESS-CNRS 8562, Marseille) : Paysages, mémoires et histoire environnementale dans les Rivières du Sud : les données cartographiques de la seconde moitié du XXe siècle à l’épreuve des savoirs autochtones

- 13 Février 2012 : Sylvie Le Bomin : histoire du peuplement et ethnomusicologie au Gabon (titre à préciser)

- 12 Mars 2012 : Shane Doyle : History of Sexual behavioural change in East Africa.

- 2 Avril 2012 : Jean-Luc Paul (anthropologue, université Antilles Guyane) : évolution des techniques de pêche dans la plaine du Rufiji (Tanzanie) ou comment se méfier des interprétations technicistes.

- 30 avril 2012 : Valérie Golaz (IRD) : cadastre, transmission de la terre et conflits fonciers en Ouganda

- 18 Juin 2012 : Florence Brisset : Les talk show politiques à la radio ougandaise.

Calendrier 2010-2011

- 15 novembre 2010 : Odile Goerg : le cinéma, un véhicule en contexte colonial

- 13 décembre 2010 : Camille Lefèbvre : Le passage de la frontière comme transgression sociale et politique Soudan central/Niger 19e - 20e siècle.

- 7 février 2011 : Pierre Guidi : Les femmes et l’éducation scolaire en Éthiopie : entre reproduction et émancipation (1940-2010)

- 14 mars 2011 : Luca Jourdan : Jeunesse, guerre et crise sociale à l’est du Congo.

- 4 avril 2011 : Laurent Fourchard : Réformer et punir. Naissance du délinquant en Afrique (Nigeria/Afrique du Sud, 1930-1970).

- 2 mai 2011 : Anne Hugon : Réformer la maternité : un projet colonial ? Gold Coast, 1920-1950

- 9 mai 2011 : Marie Rodet : Les migrantes ignorées du Haut-Sénégal (1900-1946)

Résumé : Centré sur la région de Kayes au Mali, mes recherches s’attachent à analyser toutes les formes de mobilité féminine au sein du pays et vers le Sénégal à l’époque coloniale (1900-1946). L’administration coloniale, comme les chercheurs par la suite, ont largement ignoré ces déplacements, se focalisant sur les migrations masculines de travail qu’ils considéraient comme seules dignes d’intérêt. Or, en élargissant le concept de migration, mes recherches mettent en évidence que les migrations féminines dans la région de Kayes ont été nombreuses, voire plus nombreuses que celles des hommes, et ce dès les débuts de la colonisation.

Résumés

Pierre Guidi : Les femmes et l’éducation scolaire en Éthiopie : entre reproduction et émancipation (1940-2010)

En Éthiopie, les femmes ont longtemps été considérées comme des épouses et des mères. En conséquence, l’éducation informelle des filles a consisté dans l’inculcation des savoirs et des comportements correspondants à ce rôle social. Au point de vue politique, les discours du pouvoir ont évolué d’un fort conservatisme sous Haylä Sellassé (1930-1974) à une politique égalitaire volontariste affichée par le Front Démocratique Révolutionnaire du Peuple Éthiopien depuis les années 1990. Considéré comme une priorité pour la mise en application des politiques publiques, le système scolaire s’est officiellement montré de plus en plus soucieux de l’éducation des filles et de leur place future dans la société. La double nature de l’école, à la fois instrument de reproduction et d’émancipation sociale trouve ici toute son expression. À travers l’organisation de l’enseignement, le savoir dispensé et les rapports de genre qui y prévalent, elle reproduit et renforce les inégalités des sexes. Mais elle est aussi un espace public où les femmes – enseignantes et élèves – peuvent discuter et s’organiser pour peser sur les normes et les pratiques, tout en développant de nouvelles manières de se penser et d’agir dans la société. Enfin, le changement de statut social et d’attitude des femmes éduquées, bien que peu nombreuses, donne à voir de nouveaux modèles de féminité qui agissent sur les représentations et les pratiques sociales de genre. En se penchant sur les textes officiels, le matériel pédagogique, le quotidien scolaire et sur des trajectoires féminines, cette présentation propose d’utiliser l’école comme point d’entrée sur l’histoire des femmes en Éthiopie, des années 1940 à nos jours

Calendrier -09-2010

- 23 novembre 2009

séance introductive

Invité : Alexandre Hatungimana : Guerre et recomposition sociale : A propos des mobilités forcées des populations au Burundi.

- 7 décembre 2009

Séverine Awenengo : Détournement de culte et mise en demeure des hommes : la réadaptation d’un culte de fertilité aux enjeux de la lutte contre la conscription en Casamance (années 1930).

- 8 février 2010 : reportée à une date ultérieure

Rhiannon Stephens : La maternité et la pauvreté en Ouganda du 8eme au 19eme siècle

- 22 mars 2010

Pascale Barthélémy : La scolarisation comme transgression : les filles à l’école coloniale en AOF des années vingt aux indépendances.

- 12 avril 2010

Agnès Lainé : Transformations de la gestion sociale des maladies chroniques : exemple de la drépanocytose au Mali

- 17 mai 2010

Ophélie Rillon : Les lynchages au Mali dans les années 1990

Résumé

Dans la nuit du 26 mars 1991, un groupe de jeunes officiers arrêta le dictateur Moussa Traoré, dans l’objectif de mettre fin aux violences émeutières et à la répression qui ensanglantaient le pays. Alors que les diverses organisations politiques et syndicales se réunissaient, avec les putschistes, au sein d’un Comité Transitoire de Salut Public pour définir une politique d’ouverture démocratique, les violences collectives prirent une nouvelle tournure : « Article 320 du code de procédure accéléré de la rue » (300 francs d’essence, 20 francs d’allumette) ; « Article B.V. » (Brûler Vif) furent les codes de loi institués par la justice populaire dans les rues de Bamako, pour punir les anciens dignitaires du régime, les policiers et les voleurs. Il s’agit de s’interroger sur le sens des lynchages dans ce contexte trouble, au cours duquel étudiants et militaires s’affrontèrent violement, alors que la population réclamait justice pour les tueries perpétrées par les forces de l’ordre et qu’elle remettait en cause le monopole de la violence légitime revendiqué par l’Etat. Ces pratiques de lynchages ouvrent plusieurs questionnements. Comment se délimitèrent ces espaces (rues, marchés, quartiers populaires) libérés du contrôle étatique, où circulaient les rumeurs, où des actes transgressifs devenaient possibles car noyés dans l’anonymat ? Comment s’élaborèrent ces moments fugaces, au cours desquels de nouvelles notions morales furent appliquées par la rue ? Une transgression « légitime » et collective pratiquée par les lyncheurs fit face à une transgression « illégitime » et individuelle dont étaient accusées les victimes (corruption, vol, abus de pouvoir). Enfin, il s’agit, dans la mesure du possible, de reconstituer et de décrypter les gestes des acteurs de ces violences à une échelle réduite, en suivant la notion de « paradigme indiciaire » élaborée par Carlo Ginzburg. Qui sont-ils ? Comment sont-ils amenés à participer au lynchage ? Observe-t-on une ritualisation de ces actes de violences collectives ? Distingue-t-on une répartition des rôles selon le sexe, l’âge ou la situation sociale des participants, prolongeant ou transgressant les normes sociales ? Ainsi, l’étude des lynchages permet d’appréhender au plus près l’ordre moral et politique, les imaginaires populaires et les rapports sociaux qui régissaient la société malienne au lendemain de l’insurrection de 1991.

-31 mai 2010

Rhiannon Stephens : La maternité et la pauvreté en Ouganda du 8eme au 19eme siècle

Le missionnaire et ethnologue John Roscoe a écrit en 1911 qu’il n’y avait pas de ‘vraie pauvreté’ en Ouganda durant l’époque précoloniale. En même temps, il remarquait aussi qu’il y avait de grandes distinctions de classe. Il citait comme exemple le cas des vieilles pauvres sans maison qui allaient chez les chefs afin de survivre. Ceci nous pose la question de savoir ce qu’était la pauvreté et comment les femmes pouvaient l’éviter ?

Il est reconnu dans l’historiographie et l’anthropologie sur l’Afrique que les femmes pouvaient sortir de la la pauvreté ou l’éviter par la maternité. La question est de savoir si c’était vraiment le cas et comment les relations entre la maternité et la pauvreté ont changé avec le passage du temps.

- 7 juin 2010

Henri Médard et Serena Dankwa  : Sexualités et transgression

Serena Dankwa, doctorante à l’Institut d’Anthropologie Sociale, Bern : Passions subalternes : intimités de même sexe dans le Sud Ghana post-colonial.

Alexandre Hatungimana (Université du Burundi) : Guerre et recomposition sociale : A propos des mobilités forcées des populations au Burundi.

La région des Grands Lacs est connue ces dernières années pour ses turbulences politiques caractérisées apr une violence extrême : des massacres de masse allant jusqu’au génocide. Les guerres récurrentes au Burundi (surtout celles de 1972 et 1993) ont provoqué des déplacements massifs des populations vers l’extérieur, tandis que d’autres ont trouvé refuge à l’intérieur même du pays. On a pu donc parler de « réfugiés », « déplacés », « regroupés » ou « dispersés », autant de terminologies qui font référence aux changements d’espace et de repères sociaux.

La guerre civile de 1972 a jeté hors des frontières nationales des centaines milliers de Burundais partis pour l’essentiel en Tanzanie. La crise socio-politique consécutive à l’assassinat le 21 octobre 1993 du président hutu Melchior Ndadaye, élu en juin de la même année a produit une situation sans précédent dans l’histoire du pays : entre 200.000 et 500.000 personnes (à majorité tutsi) ont été sauvagement assassinées, victimes de la « vengeance du président » puis de représailles militaires. Ces violences dites ethniques ont en outre poussé près de 376.200 personnes à l’extérieur du pays, surtout dans les pays limitrophes comme la Tanzanie, qui totalisait à elle seule environ 350.000 réfugiés, en plus des quelques 200.000 de 1972. En 1993, en plus de ces mobilités forcées vers l’extérieur, un fait nouveau est apparu : c’est la naissance de la catégorie des « réfugiés intérieurs ». On les estimait à 281.000 personnes réparties dans 226 camps, appelés « sites des déplacés ». Il s’agit d’une situation inédite au Burundi où presque un cinquième de la population, soit 1.227.200 âmes, étaient dans un état de détresse, et une partie le reste encore actuellement.

Cette situation pose de réels problèmes car elle a été à l’origine d’une véritable dynamique de recomposition sociale. On a assisté très vite à l’éclatement spatial des anciennes structures communautaires et toute la société se retrouva morcelée en autant de catégories d’un nouveau type de citoyens qualifiés globalement de « sinistrés ». Le Burundi ressemblait à un pays en peau de léopard eu égard aux chambardements subis par son paysage géographique et humain. Il comptait en outre parmi les pays africains qui géraient le plus grand nombre de déplacés intérieurs et extérieurs de guerre.

Sur le plan intérieur, ces guerres ont débouché sur une crise de la paysannerie : en 1972 c’est abandon des palmeraies de la plaine de l’Imbo et la ruine de l’économie de cette région ; en 1993, c’est la mise à sac de l’économie agricole qui pourtant fait vivre près de 90% de la population.

C’est sur ces mobilités forcées (surtout intérieures) des populations confrontées aux méfaits de la guerre, dont le plus visible est la paupérisation des masses paysannes avec son corollaire, la désertion des collines pour ceux qui le peuvent (regroupement dans des sites au visage de village et l’exode rural) que nous voulons porter notre réflexion. L’essentiel est d’apporter quelques éclaircissements et de susciter le débat sur les séquelles sociales de ces crises politiques d’ampleur variable : le Burundi avait depuis 1965 l’habitude des crises, mais celle de 1993 s’est révélée très longue, dure à gérer et surtout la plus destructrice comparée aux précédentes. Les observations personnelles et les témoignages recueillis sur terrain lors de nos différentes missions d’enquête à l’intérieur du pays nous permettront, nous l’espérons, de mettre en lumière le vécu au quotidien de ces crises (en insistant sur 1993) par de simples paysans partagés entre le désespoir et le devoir de vivre.

Séverine Awenengo : Détournement de culte et mise en demeure des hommes : la réadaptation d’un culte de fertilité aux enjeux de la lutte contre la conscription en Casamance (années 1930).

En 1936, trois femmes furent jugées et condamnées par le tribunal d’Oussouye pour entrave au recrutement militaire. Grâce aux témoignages à charge des chefs de canton et d’un desservant de culte, le tribunal établit qu’elles avaient « détourné » le culte féminin dont elles avaient la charge, pour contraindre les hommes à refuser de se plier aux exigences des autorités coloniales. La contrainte, qui utilise la ruse du sacré, sonne comme un rappel des hommes à l’ordre, dans un contexte caractérisé par la normalisation de l’administration coloniale dans la zone. Ce contexte est en effet celui d’un changement récent des rapports de forces sur le terrain entre autorités coloniales et Africains, qui a mis particulièrement à mal les modèles masculins existants à l’époque, en partie fondés sur la virilité du combattant. L’action des femmes apparaît être en effet une forme d’expression de la contestation, non pas seulement de l’ordre colonial, mais aussi du nouveau « désordre » masculin et, subséquemment, social. A partir de l’étude de cette affaire, cette intervention souhaite interroger les stratégies, parfois paradoxales, menées par les femmes comme modes de transgression mais aussi de conformation aux différents ordres qui structurent la vie sociale et politique de cette partie du cercle de Ziguinchor dans les années 1930. Il s’agira aussi d’inscrire la forme d’action dans une histoire plus longue des interventions des femmes face aux contextes de crise en Casamance.

Rhiannon Stephens : La maternité et la pauvreté en Ouganda du 8eme au 19eme siècle

Le missionnaire et ethnologue John Roscoe a écrit en 1911 qu’il n’y avait pas de ‘vraie pauvreté’ en Ouganda durant l’époque précoloniale. En même temps, il remarquait aussi qu’il y avait de grandes distinctions de classe. Il citait comme exemple le cas des vieilles pauvres sans maison qui allaient chez les chefs afin de survivre. Ceci nous pose la question de savoir ce qu’était la pauvreté et comment les femmes pouvaient l’éviter ?

Il est reconnu dans l’historiographie et l’anthropologie sur l’Afrique que les femmes pouvaient sortir de la la pauvreté ou l’éviter par la maternité. La question est de savoir si c’était vraiment le cas et comment les relations entre la maternité et la pauvreté ont changé avec le passage du temps.

Pascale Barthélémy : La scolarisation comme transgression : les filles à l’école coloniale en AOF des années vingt aux indépendances

En Afrique occidentale française au début des années vingt, une fille pour dix garçons fréquente l’école primaire privée ou publique. La proportion de filles scolarisées rapportée au nombre de filles scolarisables (de 5 à 15 ans) est alors de 0,2 % à l’échelle de la fédération. En 1958, cette proportion est de 3,5 %, soit près de 18 fois plus importante que quarante ans auparavant (Abdou Moumouni, L’éducation en Afrique, Paris, Présence africaine, 1998, 1ère éd. 1963, 327 p.). À la veille de l’indépendance des territoires d’AOF, une fille pour cinq garçons va à l’école primaire. Ces chiffres témoignent à la fois de la progression de l’enseignement féminin à l’époque coloniale et des limites des politiques mises en œuvre. Les filles restent très minoritaires sur les bancs des écoles et le fossé entre les sexes ne se comble que partiellement. La scolarisation, si elle devient une pratique intégrée dans certaines familles, n’en demeure pas moins un phénomène rare, et qui singularise les filles concernées. Notre intervention se propose d’analyser ce que représente, concrètement mais aussi symboliquement, le fait de fréquenter l’école des Blancs pour des jeunes filles africaines entre les années vingt et les années cinquante. La scolarisation relève-t-elle de la transgression dans des sociétés où le destin des jeunes filles reste avant tout le mariage et la procréation ? Provoque-t-elle une promotion, une stigmatisation sociales ? Quels sont les réactions des populations à l’égard des jeunes filles scolarisées ? Ces dernières revendiquent-elles ou non leur différence ? Toutes ces questions renvoient à celle des limites de ce qui est socialement admis pour des femmes, dans le contexte particulier de la colonisation.

Agnès Lainé : Transformations de la gestion sociale des maladies chroniques : exemple de la drépanocytose au Mali

Dans toute société les symptômes d’une maladie, la souffrance chronique et ses conséquences invalidantes mobilisent des représentations, des savoirs et des parcours de remédiation au malheur, tant thérapeutiques que religieux. En Afrique de l’Ouest, même si la maladie drépanocytaire n’a pas de réel équivalent dans les nosologies médicales traditionnelles, certains de ses symptômes s’y inscrivent, diversement en fonction de leur manifestation et des spécialités des tradithérapeutes. Or depuis que la maladie fait l’objet de recherche et de prise en charge thérapeutique, les savoirs biomédicaux se sont diffusés dans la société, d’abord très lentement puis de façon amplifiée par les mobilités sociales et les nouveaux médias. Entre une maladie essentiellement connue sous le registre d’un « mal des os » et sa définition biomédicale d’une « maladie héréditaire du sang », la jonction se fait progressivement, produisant un syncrétisme de savoirs, mobilisant d’autres représentations et impliquant les individus dans des stratégies d’évitement du malheur qui s’intègrent dans les transformations globales de la société contemporaine. : rapports de genre dans les classes moyennes, prostitution, migrations urbaines ou vers l’étranger… D’un côté les savoirs biomédicaux libèrent les individus d’une fatalité incompréhensible et des interprétations sorcières ou magico-religieuses, de l’autre ils annoncent une maladie inguérissable dont le traitement au long cours s’avère souvent inaccessible et placent les individus devant leur responsabilité de transmetteurs sains à l’égard de leur descendance. Cette communication se propose d’explorer, dans le contexte du Mali tout en faisant des incursions dans d’autres contextes africains, les ressources et les marges de manœuvre dont disposent les personnes concernées dans l’interstice laissé, entre liberté et fatalité, par les diverses interprétations de la maladie.

Ophélie Rillon : Lynchages et contrôle social dans l’espace postrévolutionnaire bamakois (Mali 1991)

Dans la nuit du 26 mars 1991, un groupe de jeunes officiers arrêta le dictateur Moussa Traoré, dans l’objectif de mettre fin aux violences émeutières et à la répression qui ensanglantaient le pays. Alors que les diverses organisations politiques et syndicales se réunissaient, avec les putschistes, au sein d’un Comité Transitoire de Salut Public pour définir une politique d’ouverture démocratique, les violences collectives prirent une nouvelle tournure : « Article 320 du code de procédure accéléré de la rue » (300 francs d’essence, 20 francs d’allumette) ; « Article B.V. » (Brûler Vif) furent les codes de loi institués par la justice populaire dans les rues de Bamako, pour punir les anciens dignitaires du régime, les policiers et les voleurs. Il s’agit de s’interroger sur le sens des lynchages dans ce contexte trouble, au cours duquel étudiants et militaires s’affrontèrent violement, alors que la population réclamait justice pour les tueries perpétrées par les forces de l’ordre et qu’elle remettait en cause le monopole de la violence légitime revendiqué par l’Etat. Ces pratiques de lynchages ouvrent plusieurs questionnements. Comment se délimitèrent ces espaces (rues, marchés, quartiers populaires) libérés du contrôle étatique, où circulaient les rumeurs, où des actes transgressifs devenaient possibles car noyés dans l’anonymat ? Comment s’élaborèrent ces moments fugaces, au cours desquels de nouvelles notions morales furent appliquées par la rue ? Une transgression « légitime » et collective pratiquée par les lyncheurs fit face à une transgression « illégitime » et individuelle dont étaient accusées les victimes (corruption, vol, abus de pouvoir). Enfin, il s’agit, dans la mesure du possible, de reconstituer et de décrypter les gestes des acteurs de ces violences à une échelle réduite, en suivant la notion de « paradigme indiciaire » élaborée par Carlo Ginzburg. Qui sont-ils ? Comment sont-ils amenés à participer au lynchage ? Observe-t-on une ritualisation de ces actes de violences collectives ? Distingue-t-on une répartition des rôles selon le sexe, l’âge ou la situation sociale des participants, prolongeant ou transgressant les normes sociales ? Ainsi, l’étude des lynchages permet d’appréhender au plus près l’ordre moral et politique, les imaginaires populaires et les rapports sociaux qui régissaient la société malienne au lendemain de l’insurrection de 1991.

Serena Dankwa, doctorante à l’Institut d’Anthropologie Sociale, Bern : Passions subalternes : intimités de même sexe dans le Sud Ghana post-colonial.

Ces dernières années, l’Afrique de l’Ouest a vu l’émergence de sous-cultures émanant de jeunes hommes qui se reconnaissent dans une identité métropolitaine gay. L’aggravation des discours anti-gay, comme l’accès croissant aux médias internationaux ou la pandémie de VIH/SIDA, ont joué un rôle majeur dans la naissance de mouvements populaires homosexuels, d’espaces et d’identités gay. Mais ces espaces urbains, qui représentent et servent essentiellement des groupes d’hommes connectés à des réseaux de ressources financières, ont attiré peu de femmes : en conséquence, les relations amoureuses entre femmes sont restées à la marge. Cette présentation tourne autour des défis épistémologiques et méthodologiques posés par une recherche sur les relations amoureuses entre femmes, relations qui ne sont ni comprises, ni institutionnalisées, ni organisées selon les logiques de l’identité sexuelle. Fondée sur mon travail de terrain, dans le Sud du Ghana, cette intervention se concentre sur une série de pratiques forgées par des milieux informels de femmes pauvres, engagées dans des relations de même sexe – et qui constituent un « groupe » social qui ne se reconnaît pas comme tel. Ces réseaux informels de relations reposent sur un savoir tacite, qui est exprimé par l’allusion et non par un vocabulaire qui serait révélateur d’une sous-culture. Dans la mesure où celles qui se considèrent comme la source de ce savoir spécifique (portant sur les relations de même sexe et sur l’art de les cacher) n’ont aucun intérêt à le formaliser, son contenu ne cesse de fluctuer et résiste de ce fait aux catégories de la sexualité. Tandis que les termes et les gestes dont jouent ces femmes pour se désigner demeurent évasifs, elles savent se reconnaître entre elles par un discours et une apparence réitératifs qui les engagent dans de vibrants modes de sociabilité.

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