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Accueil du site > La recherche > Séminaires et ateliers > Séminaires terminés : archives des programmes > Le local dans la valorisation et la mise en scène des patrimoines

Création de l’Institut des mondes africains (IMAF)

L’Institut des mondes africains (IMAF) a été créé au 1er janvier 2014, par la fusion de trois laboratoires : le Centre d’études des mondes africains (CEMAf), le Centre d’études africaines (CEAf) et le Centre d’histoire sociale de l’islam méditerranéen (CHSIM).
Le site internet de l’IMAF prend le relai de celui du CEMAf, qui n’est plus mis à jour.

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Le local dans la valorisation et la mise en scène des patrimoines

Organisé par M.-C. Cormier-Salem (géographe, IRD), Y. Girault (muséologue, MNHN), D. Guillaud (géographe, IRD), D. Juhé-Beaulaton (historienne, CNRS), et B. Roussel (ethnobotaniste, MNHN)

Lieu : Muséum National d’Histoire Naturelle / salle à préciser à chaque séance / Paris 5e / M° Gare d’Austerlitz
1 séance mensuelle, d’octobre 2012 à juin 2013
Horaire : de 14 h 30 à 17 h

Présentation du séminaire

Ce séminaire, après avoir exploré les processus de construction des patrimoines naturels dans les pays du Sud, propose maintenant de mettre plus particulièrement l’accent sur les nouvelles formes de valorisation des patrimoines, tant naturels que culturels. Nous nous intéresserons aux recompositions sociales, aux réorganisations spatiales et institutionnelles, aux problèmes de conservation de la diversité biologique et culturelle, de transmission des savoirs et savoir-faire locaux, provoqués par la valorisation et la mise en scène des patrimoines locaux dans des contextes écologiques, politiques, économiques et sociaux en mutation rapide ou sur la longue durée Il s’agira d’étudier le jeu des acteurs, leurs actions et leurs discours dans les processus de validation et de mise en scène des objets patrimoniaux qui se rapportent aux territoires, aux ressources, aux savoirs et savoir-faire. Ceux-ci seront décrits et analysés et les stratégies qu’elles recouvrent seront examinées. Une attention particulière sera accordée aux choix effectuées par les communautés lorsqu’elles donnent à voir leur culture, leur histoire ou leur cadre de vie (notamment dans une perspective de valorisation touristique). Les opérations de muséologie qui présentent souvent une interface plus institutionnelle ainsi que les instrumentalisations marchandes ou politiques du patrimoine - de la quête identitaire à la construction nationale - seront aussi examinées sous l’angle du local. Les approches pluridisciplinaires, associant en particulier les sciences humaines et sociales aux sciences de la nature, seront privilégiées et permettront par exemple de mieux saisir les enjeux identitaires dans le cadre d’échanges globalisés et dans des situations de conflits d’accès et d’usage.

Calendrier 2012-2013

- Mardi 9 octobre 2012, 14 h 30-17 h
Grand amphithéâtre d’entomologie / 45 rue Buffon / Paris 5e / Métro Austerlitz
Le Parc du W pour les éleveurs mobiles : refuge, patrimoine et espace de conflits, par Stéphane Manceron Le Parc du W est un espace transfrontalier (Niger, Bénin, Burkina Faso) intégralement protégé depuis 1927. Il est pourtant fréquenté illégalement par les troupeaux bovins transhumants, conduits par leurs bergers peuls à la recherche de pâturage. Certains acteurs, pasteurs, mais aussi administrations et gestionnaires du Parc, présentent le Parc comme un espace où les pasteurs auraient des droits légitimes, ou comme un patrimoine de la communauté pastorale, pouvant donner lieu à certaines compensations face à la protection. Nous questionnons cette idée en examinant comment le Parc est représenté, vécu, approprié par les pasteurs. Nous discutons différentes sources de légitimité telles qu’elles ont été avancées : droit foncier, ancienneté des usages, justice spatiale, nécessité de survie etc. En nous appuyant sur différentes acceptions du concept de territoire pastoral, et à partir de l’analyse de la sémantique, des discours et des pratiques de mobilité, nous verrons dans quelle mesure les pasteurs s’approprient le Parc de façon différenciée. Et paradoxalement en intégrant parfois pleinement la protection dont il est l’objet. Plus d’informations : http://www.paloc.ird.fr

- Mardi 22 Janvier 2013 - 14 h 30 à 17 h
Guillaume BLANC (CEMAf), De la violence concrète à la violence symbolique, histoire d’un patrimoine naturel d’Éthiopie La mise en parc des montagnes du Simien naît de la recommandation d’experts missionnés par l’UICN et l’UNESCO, le but poursuivi par les responsables éthiopiens étant le classement du Parc au Patrimoine Mondial de l’Humanité, obtenu en 1978. Cette double reconnaissance nationale et internationale de la nature éthiopienne donne cependant lieu, dès les années 1960, à une véritable lutte, institutionnelle mais aussi concrète. Lutte entre acteurs internationaux et nationaux en premier lieu, qui commence en 1965 avec l’arrivée de John Blower, conseiller britannique d’Haylé Sellassié pour la protection de la nature. Blower chercha à imposer une véritable éthique colonialiste de conservation, éthique toujours présente aujourd’hui et contestée par les responsables éthiopiens qui s’opposent depuis 1996 à l’inscription du Parc sur la liste Patrimoine mondial en danger. Un autre conflit débute dans les années 1970 lorsque le gouvernement communiste tente d’expulser les populations locales de leurs terres afin de satisfaire les exigences de l’UNESCO. Cette lutte atteint son point culminant en 1991 lorsque celles-ci profitent de la chute du gouvernement pour détruire l’ensemble des infrastructures du Parc, et continue depuis avec des actes quotidiens de braconnage mais aussi de rébellion et de résistance, punis d’amendes et d’emprisonnement. Les montagnes du Simien sont donc demeurées d’un côté, objet de fierté nationale pour le gouvernement éthiopien, d’un autre côté symbole d’une biodiversité universelle à préserver pour l’UNESCO. Ainsi, tandis que la plupart des Etats occidentaux ont pu user du patrimoine naturel pour renforcer un sentiment d’appartenance au territoire national au sein de leurs populations, force est de constater que l’ingérence écologique des institutions internationales ont empêché l’Ethiopie de faire de même. Quant aux populations concernées par la mise en parc de la nature, le patrimoine demeure un élément exogène. Celui-ci fait office d’instrument de domination aux mains d’un pouvoir national et international, et participe à l’exercice permanent d’une violence concrète, mais aussi symbolique, sur les populations locales.

- Mardi 12 février 2013 - 14 h 30 à 17 h.
Marie-Aude FOUERE (IFRA, Kenya), Le patrimoine contesté de l’esclavage à Zanzibar
Situé en bout des différentes chaînes de la traite esclavagiste qui partaient des confins du Congo, du Buganda et de la région du lac Nyasa pour atteindre la côte de l’Océan Indien, l’archipel de Zanzibar a été un maillon central de la traite en Afrique de l’Est et le premier marché aux esclaves en partance vers la péninsule arabique, les îles de l’Océan Indien et l’Inde aux 18ème et 19ème siècles. Pour soutenir son économie de plantation en plein essor lorsque les îles sont passées sous l’autorité directe d’Oman, la société zanzibarite a aussi renforcé ses pratiques d’esclavage interne, qu’il soit domestique ou agricole. En raison de ce rôle historique de premier plan dans la traite orientale et dans l’usage et l’incorporation d’esclaves, Zanzibar constitue un site d’une importance capitale pour étudier les phénomènes contemporains de résurgence mémorielle et de patrimonialisation de l’esclavage. Depuis plusieurs années, les autorités de Zanzibar s’attachent à identifier, répertorier, classer et protéger les sites de mémoire liés à la traite et à l’esclavage. On trouve parmi les sites répertoriés : les sites de la domination arabe (l’ancien palais du sultan de Zanzibar transformé en musée, le Beit-el-Ajab) ; les sites de la traite (le marché aux esclaves de Mkunazini, un site du Patrimoine Mondial de l’Unesco en plein cœur de la Ville de Pierre ; les entrepôts d’esclaves de Mangapwani) ; les sites du travail forcé (les plantations de Mgagadu et de Fufuni) ; les sites de la libération des esclaves (l’Eglise anglicane de Mkunazini, construite sur l’ancien marché aux esclaves). Cependant, si ces sites constituent une ressource touristique indéniable et attirent de nombreux visiteurs étrangers et nationaux chaque année, ils ne sont pas nécessairement des lieux de mémoires pour les populations locales et peuvent être fortement contestés. Différentes raisons expliquent ce phénomène : les descendants d’esclaves ne constituent pas un groupe homogène, et sont donc différemment impliqués et mobilisés ; des groupes contestent ou minimisent la réalité historique de la traite et de l’esclavage dans certains des sites identifiés ; la sélection de sites de la domination arabe, qui semble jeter toute la responsabilité de la traite et de l’esclavage sur les populations d’origine arabe, clive la population zanzibarite ; le silence imposé sur les questions raciales et ethniques par les autorités nationales depuis la Révolution de 1964, en raison de leur branchement sur le passé esclavagiste des îles et leur potentiel déstabilisateur, a entraîné un détournement des sites officiels ou matériels au profit de lieux de mémoires immatériels, narratifs et performatifs. Le récent retour à Zanzibar des populations d’origine arabe, qui avaient fui les îles après 1964, intensifie aujourd’hui les crispations et les tensions autour des lieux de mémoire de l’esclavage, et explique la résurgence et la visibilité de récits et de pratiques longtemps restés clandestins, et les usages de ce mémoires à des fins symboliques et pratiques. Cette conférence explorera les dynamiques de mémorialisation et de patrimonialisation à partir de deux cas d’études, l’ancien marché aux esclaves de Mkunazini et les entrepôts de Mangapwani, montrant comment les différents acteurs interprètent et s’approprient ces lieux de mémoire, revendiquent ou contestent leur construction comme patrimoine collectif, redéfinissent et recomposent les identités localement disponibles (descendants d’esclaves / d’esclavagistes), et quels enjeux locaux, nationaux, parfois internationaux, viennent peser sur ces positionnements mais sont aussi redéfinis par eux.

- Mardi 19 mars 2013, 14 h 30-17 h
Grand amphithéâtre d’entomologie, 45 rue Buffon, Paris 5e.
Vincent Andreu-Boussut (MCF en géographie à l’université de Rennes) :
Analyse des projets de valorisation des salins languedociens

- Mardi 16 avril 2013, 14 h 30-17 h
Grand amphithéâtre d’entomologie, 45 rue Buffon, Paris 5e.
Melis ECE (post-doctorant, Institute for Natural Resources, Environment and Society, University of Eastern Finland)
Eviction for conservation : appropriation of nature and postcolonial State formation at the Margins, the case of Niokolo-Koba National Park, Senegal
Recent research on emerging global phenomenon of “green grabbing” stresses that nature is increasingly becoming a source of profit (commodification of nature) and a source of inequality (processes of accumulation by dispossession) One of the questions central to our current understanding of green grabbing is whether or not and, to what extend green grabbing constitutes a new form of appropriation of nature and land. On the one hand, we observe the rise of new “hybrid” players who, seemingly detached from any local context, act under the commercial logic of neoliberalism. They are locked in political struggle over redefining cultural and economic valuing of nature and, rules of authority over access, use and management of resources. On the other hand, looked more closely, we can identify the dynamics of long duree processes of capitalist transformation of agrarian relations, colonial strategies of governance and forms resource alienation, carried out by old actors wearing new hats. This presentation argues that, in order to understand the current forms of neoliberal resource appropriation and how green grabbing becomes solidified on the ground, we need to understand historical and local contexts where these seemingly dislocated discourses and practices are being inserted and transformed. In order to contextualize and nuance our understanding of land and green grabbing in the present, I propose to look more closely to one specific form of resource appropriation and dispossession : eviction from national parks. Although evictions from national parks occurred all around the world, Senegal constitutes an interesting case, as evictions occurred in the aftermath of independence movements, when development became the raison d’être and source of legitimacy of the postcolonial state. Focusing on this important transition period between 1960 and 1974, I trace the transformations of conservation institutions in Senegal and how postcolonial state appropriation of land and natural resources for environmental ends was justified by development as “public” purpose. This analysis would also show that eviction was not an exceptional and punctual “event” and an unfortunate result of past coercive conservation policies imposed from outside. Based on field and archival research, it will show that the making of “national park territories” took more than ten years of sustained pressure and effort to extend the conservation regime outside of the national park. Evictions were the most visible result of a long-term process, involving not only legal and administrative changes but also political strategies aiming at weakening local elites and powerful chiefs, who were seen as obstacles to administrative reforms and state appropriations in the name of conservation. The mass displacement of thousands of people from the national park laid the grounds for individualized decentralized evictions of already evicted people, when the neoliberal decentralization policies would be implemented.

- Mardi 14 mai 2013, 14 h 30-17 h. Séance annulée
Grand amphithéâtre d’entomologie, 45 rue Buffon, Paris 5e.
Anaïs Leblond, anthropologue, post-doctorante au IIAC :
Une valorisation ambiguë du local. L’exemple d’une patrimonialisation au Mali.
À partir de l’ethnographie de la patrimonialisation de l’« espace culturel du yaaral et du degal » classé à la Liste des chefs d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2005, nous observerons les formes et les modalités de la valorisation du local telle qu’elle a été pensée et réalisée par les agents institutionnels du patrimoine, d’une part, et les acteurs des fêtes, d’autre part. Pour cela, nous accorderons une attention particulière à la démarche participative adoptée pour la réalisation de l’inventaire du patrimoine cultuel immatériel relatifs à ces institutions pastorales peules. La désignation de « personnes ressources », le choix des éléments à inventorier par les « détenteurs du patrimoine » et le renseignement des fiches au niveau villageois seront analysés comme autant de signes nous permettant de souligner l’influence des catégories internationales sur la production locale du patrimoine qui est censée fournir le reflet de ce que les populations concernées jugent devoir conserver pour elles-mêmes. Ceci sera mis en parallèle avec les choix réalisés par les éleveurs lorsqu’ils donnent à voir leur identité, leur activité et leur histoire. Les stratégies essentialisantes qu’ils adoptent, souvent avec l’aide des autorités communales et avec l’appui des associations d’éleveurs, apparaissent comme un moyen de jouer sur l’ethnicité peule tout en montrant qu’ils ne sont pas en rupture des modes de communication sur l’identité employés par les représentants de l’État et les agents patrimoniaux. La promotion d’identités essentialisées et circonscrites à des territoires donnés sera analysée comme une stratégie commune aux différents intervenants dans l’arène patrimoniale. Nous conclurons sur les ambiguïtés soulevées par ce recours commun au « local » dès lors que les présentations identitaires auxquelles il renvoie réactualisent des différences de statuts au sein de la société peule mais surtout entre « autochtones » et « allochtones ». Il s’agira plus précisément de se pencher sur la réalité des rapports de pouvoir et sur l’inégalité d’accès aux ressources pastorales et politiques qui se cache derrière un discours consensuel sur la valorisation du patrimoine pastoral.

- Mardi 11 juin 2013, 14 h 30 à 17 h.
Grand amphithéâtre Entomologie, 45 rue Buffon – Paris 5e
Nolwenn Blanchart, anthropologue, ethnomusicologue
De la collecte ethnographique à la patrimonialisation : Herbert Pepper, premier ethnomusicologue de l’ORSTOM

C’est en 1940 que Herbert Pepper (1912-2001), alors jeune musicien, effectua son premier séjour en Afrique de l’Ouest. Sa recherche s’inscrivit dès le début dans une volonté de collecte raisonnée et systématique des expressions musicales, qui se concrétisa dans la constitution d’archives sonores. Il constitua notamment le premier fonds de ce type au Gabon, à la demande du gouvernement, en effectuant des enregistrements dans tout le pays de 1954 à 1966, et en cherchant à les valoriser dans le musée de Libreville, créé à son initiative en 1963.

Dans sa thèse soutenue en 2011, Nolwenn Blanchard présentait le parcours méconnu de cet ethnomusicologue non académique, que l’on pourrait qualifier d’« ethnomusicographe », alors que les questions qu’il soulevait à l’époque trouvent un écho grandissant aujourd’hui dans le souci de sauvegarder le « patrimoine immatériel ». Apparu récemment pour répondre à des préoccupations mondialisées, ce concept vise à préserver certaines pratiques et savoirs-faire en voie de disparition ainsi qu’à mieux intégrer les pays non industrialisés dans la politique culturelle de l’UNESCO. La démarche de Pepper en était le précurseur, tout en ayant ses propres logiques, en particulier dans un contexte de décolonisation. Une étude diachronique permet de suivre l’évolution des représentations et des stratégies englobant ces fonds d’archives sonores : volonté politique de construction d’un patrimoine national à partir de diverses expressions culturelles, relations diplomatiques du gouvernement gabonais avec l’ancienne puissance coloniale, puisque l’IRD, institution française, détient une copie du fonds, qui a été numérisée et sera « restituée » prochainement au Gabon pour reconstituer les collections du musée national.

En s’appuyant sur les archives de Pepper et le recul de six décennies, il est possible désormais de mener une étude comparée de certaines expressions musicales. Mettre en regard l’approche des communautés détentrices de ces traditions, celle des chercheurs étrangers et autochtones, celle de l’État et celle des organisations internationales sont l’enjeu de cette recherche en cours.

Calendrier des séances 2011-2012 :

- 11 octobre : Julien Bondaz, Le local dans la mise en exposition. Musées et zoos en Afrique de l’Ouest

- 15 novembre : Vincent Leblan, Primatologie, naturalisation de la culture et patrimonialisation de la nature, ou comment observer les relations entre les hommes et les animaux ?

- 16 décembre, Isabelle Brianso, Postdoc (ANR UVSQ-CHCSC - EA 2448) : Une politique de labellisation à Angkor : le concept de « patrimoine culturel vivant » au prisme du Label « patrimoine mondial de l’humanité »

- 17 janvier 2012 : Florent Kohler, Destruction massive ou insidieuse ? Les nouveaux enjeux de la conservation

- 14 février 2012 : ce séminaire est annulé

- 10 avril 2012 : Nathalie Noël Cadet,
Grand amphithéâtre Entomologie 45 rue Buffon – Paris 5e - Métro Austerlitz

- 5 juin 2012 : Sophie Didier, Construction/reconstruction du patrimoine et enjeux de memoires dans les villes sud-africaines : tensions et négociations entre échelle locale et nationale ?
Amphithéâtre Rouelle - Bâtiment de la Baleine 47 rue Cuvier – Paris 5e – Métro Jussieu

- 19 juin 2012 14 h 30-17 h : Clémentine Gutron, Pour une histoire sociale de l’archéologie : le cas de Dougga, site du patrimoine mondial en Tunisie (XIXe-XXe siècles)
Grand amphithéâtre Entomologie 45 rue Buffon – Paris 5e - Métro Austerlitz

Résumés 2011-2012

- Julien Bondaz : Le local dans la mise en exposition. Musées et zoos en Afrique de l’Ouest

En Afrique de l’Ouest, musées et zoos sont pour la plupart hérités de la période coloniale. Leur histoire témoigne de la diffusion des modèles scientifiques et patrimoniaux, invitant ainsi à parler d’une mondialisation du musée et du zoo en tant que formes spécifiques de mise en exposition. Pour autant, l’étude des données historiques et ethnographiques permet de mettre en évidence les multiples manières dont les musées et les zoos se localisent en Afrique de l’Ouest. En étudiant la mobilisation des savoirs locaux dans les projets de conservation et la mise en scène des identités, ainsi que les usages locaux (politiques et rituels, notamment) de plusieurs expositions muséales et zoologiques, on réinterrogera les problèmes classiques du discours muséal, de la place du public, ou encore des enjeux liés au tourisme, en insistant sur certaines « frictions muséales »… Les exemples seront pris au Mali, au Niger, au Burkina Faso et (dans une moindre mesure) au Sénégal.

- Vincent Leblan : Primatologie, naturalisation de la culture et patrimonialisation de la nature, ou comment observer les relations entre les hommes et les animaux ?

Les terrains de prédilection de l’éthologie des primates sont des espaces vides de présence humaine, permettant d’observer les comportements des primates entre eux et dans leur milieu. Ces espaces fonctionnent comme des laboratoires en grandeur nature où les comportements sont étudiés comme des archives de l’évolution des espèces. Seuls les comportements observés dans ces milieux construits comme « naturels » sont qualifiés de « culturels » en primatologie. Ces travaux fournissent une caution scientifique à la conception de cultures non/pré-humaines comme un patrimoine à protéger des sociétés humaines considérées comme environnantes. Le parti inverse est d’amener la primatologie à collaborer avec l’ethnologie dans des espaces ouverts aux interactions des animaux avec les humains. J’ai mobilisé ces deux disciplines académiquement distantes mais épistémologiquement proches dans le cadre de recherches sur les relations contemporaines entre des humains (habitants, conservationnistes) et des non humains (chimpanzés, génies de la brousse) en Guinée (région de Boké, Iles Tristao). Cette démarche interdisciplinaire résolument centrée sur l’anthropologie permet de revenir sur l’« ethnoprimatology » qui se développe outre-Atlantique depuis une dizaine d’années sous l’effet de nouvelles approches en matière de conservation : en réponse à la fragilité de nombreuses populations de primates dans différents contextes anthropisés, la primatologie de terrain commence à inscrire les sociétés humaines contemporaines dans son agenda de recherche. Mais que recouvre ce vocable, et dans quelle mesure l’optique d’une conservation plus intégrée correspond-elle à une ouverture ethnologique ?

Calendrier des séances 2010-2011 :

- 23 novembre : Fabienne Galangau-Querat (Muséum national d’Histoire naturelle) : Musées, patrimoine et territoire en situation post-coloniale : de l’idéologie colonialiste à la reconquête nationale et communautaire.

- 20 décembre 2010 : Sara Muller, Les plantes à racines et tubercules du Vanuatu, un patrimoine biologique et culturel à l’articulation des lieux et de la nation.

- 18 janvier 2011 : -Eglée Lopez-Zent et Stanford Zent (IVIC, Instituto Venezolano de Investigaciones Cientificas, Caracas), Savoirs écologiques traditionnels et cartographie participative : l’expérience des Joti (amazonie vénézuélienne)

- -8 février 2011 : Sélim LOUAFI (Cirad – UMR DAP), « Le tirpaa peut-il être un outil de patrimonialisation des semences ? »

- 15 mars 2011 : Clève Emourgeon, L’éléphant en Thaïlande : Enjeux et stratégie de conservation, de patrimonialisation et de touristification de l’animal.

- 5 avril 2011 :
Elsa Faugère, Le nouveau climat des expéditions naturalistes au Sud. L’exemple de l’Expédition Santo 2006 au Vanuatu.

Christine Demmer, Les grandes expéditions d’inventaire de la biodiversité (MNHN/IRD/Pro Natura International) : Quelles perspectives de valorisation au Sud ? L’exemple de l’expédition Atimo Vatae à Madagasacar.

- 17 mai 2011 : Julien Mallet, Entre bien commun et création, le tsapiky « jeune musique » de Tuléar (Madagascar)

- 21 juin 2011 : Jean-Loïc Le Quellec : Valorisation et protection du patrimoine en milieu saharien : l’exemple du Sud-Ouest libyen.

Résumés

- Fabienne Galangau-Querat (Muséum national d’Histoire naturelle) : Musées, patrimoine et territoire en situation post-coloniale : de l’idéologie colonialiste à la reconquête nationale et communautaire.

En Afrique, les musées portent à la fois la marque du passé colonial, de la recomposition post-coloniale et de pratiques culturelles spécifiques. En Namibie notamment, les musées se trouvent au carrefour d’une multiplicité de parcours et d’enjeux : les traces du passé qu’il faut reconstruire dans une perspective de construction nationale, l’inventaire et la préservation du patrimoine naturel et culturel qui trahit de multiples tensions, la prise en compte du développement durable avec le tourisme comme acteur économique majeur,et enfin la revitalisation des cultures par les communautés locales aux valeurs identitaires très marquées.

- Sara Müller : Les plantes à racines et tubercules du Vanuatu, un patrimoine biologique et culturel à l’articulation des lieux et de la nation

Les systèmes vivriers du Vanuatu, archipel de Mélanésie, abritent une riche diversité de plantes à racines et tubercules : plus d’un millier de cultivars répartis au sein de treize espèces, tous cultivés dans le cadre de petites unités de production familiales très ancrées géographiquement et culturellement. Parce qu’elles entretiennent un lien très fort à la société, à l’espace et à la culture, ces plantes constituent un intéressant révélateur des mutations traversées par la société vanuataise dans le contexte de mondialisation. Cette présentation examine les recompositions qui s’opèrent autour de ce patrimoine dont la gestion s’opérait autrefois à l’échelle fine des lieux (les lieux de prime apparition des ancêtres fondateurs des clans, auxquels renvoie tout un écheveau de mythes localisés). Une attention particulière est portée aux stratégies d’acteurs et à leurs discours, de même qu’à l’évolution des modalités de gestion des cultivars, pour en tirer des enseignements sur les dynamiques plus profondes d’évolution des sociétés et des espaces, notamment au regard de l’enjeu que constitue, au Vanuatu, la construction d’une identité nationale. En tant qu’objet de patrimoine, les plantes à racines et tubercules sont mobilisées dans des tentatives de reconstruction du passé traditionnel, visant à répondre aux contradictions qui accompagnent le passage à la modernité et, dans un contexte de brouillage des structures de peuplement traditionnels, à appuyer des revendications identitaires et territoriales. Parallèlement, les processus très contemporains de valorisation des cultivars locaux les plus nobles de taro ou d’igname comme « spécialités d’îles » témoignent de l’émergence de nouvelles échelles de définition des identités (autrefois cantonnées à des échelles beaucoup plus fines). Les marchés urbains, lieux de confluence des spécialités locales, constituent à ce titre d’intéressants lieux de mise en scène patrimoniale où s’élabore une culture populaire d’archipel qui pourrait bien préfigurer l’émergence d’une culture nationale.

Eglée Lopez-Zent et Stanford Zent (IVIC, Instituto Venezolano de Investigaciones Cientificas, Caracas) : Savoirs écologiques traditionnels et cartographie participative : l’expérience des Joti (Amazonie vénézuélienne)

Résumé : A l’instar d autres peuples autochtones, les amérindiens conçoivent leur environnement naturel et ses parties comme des sujets ou des personnes pourvues de conscience, de créativité, de capacité d’action et de postures morales. Avec une représentation opposée de la nature comme objet (utilitaire, quantifiable, mécanique), divers sommets, déclarations, législations, propositions et projets internationaux ont cependant reconnu le rôle des populations locales dans la conservation et la construction de la biodiversité (Convention sur la diversité biologique 1992, Convention 169 de l’ OIT, Article 8j). La mise en application de ces textes reste limitée, mais ils suscitent d’intenses discutions et recompositions au sein de communautés concernées. Au Venezuela, la Constitution de 1999 octroie en outre des droits territoriaux aux amérindiens (Loi de Démarcation de Terres et Habitats Indigènes de 2001) et une capacité d’autogestion aux populations rurales. Dans ce cadre, nous avons élaboré des méthodologies participatives pour les projets "Autodémarcation territoriale des indiens Jotï" et "Vitalité des savoirs écologiques traditionnels (VITEK) au sein de populations rurales côtières, andines et forestières". La cartographie constitue la réponse materielle et concrète des Jotï, amérindiens longtemps restés en marge de la société nationale, pour affirmer leur existence et leurs droits territoriaux vitaux. VITEK propose un indicateur quantitatif de la transmission (rétention vs perte) des savoirs écologiques traditionnels à travers les générations. Dans les deux études, on discute les modalités d’acceptation et d’adaptation de nouveaux outils (cartographie, indicateur) qui accompagnent les processus de valorisation et d’autogestion de groupes locaux engagés dans des processus globaux.

Sélim LOUAFI (Cirad – UMR DAP) : « Le tirpaa peut-il être un outil de patrimonialisation des semences ? »

Résumé :

L’intervention se propose de revisiter le lien entre les questions d’accès et de partage des avantages (APA) et les processus de patrimonialisation des ressources génétiques. Les premières sont discutées à l’échelle internationale et ont été consacrées récemment par le protocole de Nagoya, issue de la dernière Conférence des Parties de La Convention sur la Diversité Biologique. Les seconds seront abordés à travers le cas des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture (RGAA), en particulier dans le cadre du Traité sur les ressources phylogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture de la FAO (TIRPAA).

L’hypothèse est ici que ce Traité, en fournissant un cadre multilatéral pour l’accès et le partage des avantages prend mieux en compte que la CBD la nature spécifique des RGAA et des conditions dans lesquelles elles sont utilisées, échangées et conservées et peut être considéré comme un mécanisme original et innovant pour la patrimonialisation des ressources génétiques à l’échelle globale.

Clève Emourgeon : Entre obsolescence et voie de disparition, comment redonner sa signification à l’animal emblématique d’une identité nationale ? Étude de cas de l’éléphant en Thaïlande : Enjeux et stratégie de conservation, de patrimonialisation et de touristification de l’animal.

En Thaïlande, l’éléphant est étroitement associé aux trois piliers identitaires thaï : la royauté, la religion et la nation. Depuis les premiers royaumes siamois, l’animal figure parmi les animaux de la cour et est l’instrument et la marque de la puissance et du bon gouvernement du souverain. Par ailleurs, la mythologie brahmanique et bouddhiste regorge de représentations de l’animal, l’associant ainsi à la religion thai mais également au monarque bouddhique. Il est alors tout particulièrement lié à l’abondance du royaume dont est garant le roi. Enfin, utilisé en masse pour le transport de biens et d’individus jusqu’au début du XXème siècle, mais surtout dans l’industrie du teck à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle, le pachyderme participa à la construction tant territoriale qu’économique de la nation, dont il est l’emblème. Aujourd’hui, animal en voie de disparition, le nombre de proboscidiens est passé d’une centaine de milliers au début du XXème siècle à entre 2500 et 3000 pour ceux domestiques et environ 1500 pour ceux sauvages. S’ajoute à ce fait écologique, une rupture dans l’utilisation de l’éléphant qui depuis le ban de la déforestation en 1989, est devenu obsolète, les hommes n’ayant plus besoin de sa force de travail ni dans la guerre ni dans le bûcheronnage. Comment la Thaïlande gère alors ces nouvelles donnes concernant son symbole ? Comment se constitue sa patrimonialisation ? Dans un premier temps, j’analyserai les pertes de sens pour la population des représentations du pachyderme du fait ces deux ruptures, écologique et sociale, afin de dégager les enjeux qui se jouent autour de la patrimonialisation de l’animal. Puis, j’étudierai les deux plus grandes initiatives en matière de préservation de l’animal en Thaïlande à travers le travail de la plus grande ONG thai pour la sauvegarde du pachyderme, Friends of Asian Elephant,et celui de l’état et la royauté au sein de l’Institut National de l’Éléphant, plus connu sous le nom de Centre de Conservation de l’Éléphant Thaï. En effet, si leur but est de préserver l’animal, les moyens et les enjeux ne sont pas toujours les mêmes entre une ONG, faisant office de contre pouvoir, et un Institut gouvernemental dans un pays où la politique est extrêmement centralisée. J’analyserai alors leurs propres travaux, leurs projets et leurs modes de gestion de la préservation de l’animal afin de les mettre en perspectives. Je dévoilerai comment sont pensés par ces deux institutions l’animal et les problèmes qu’il rencontre ainsi que les innovations et les remises en question de certains maillons du système domesticatoire de l’éléphant dans le pays. Par ailleurs, je montrerai que dans les deux cas, ces organisations s’insèrent dans les politiques de développement durable et de la préservation de l’espèce dans leur définition actuelle prenant en compte le système domesticatoire et les savoir-faire locaux comme référence et doivent jouer et compter sur des actions et acteurs internationaux de la conservation de l’éléphant même si toutes deux désirent avant tout garder un capital culturel et symbolique de la Thaïlande. Je verrai également, qu’autrefois, l’éléphant, vivant grâce au travail des cornacs, se voit aujourd’hui pris en charge par un plus grand nombre de profession et que de nouveaux réseaux apparaissent pour aider cet animal. Autre étape de la patrimonialisation, j’étudierai la mise en tourisme de l’éléphant au sein de l’institut mais également dans de nombreux camps touristiques privés. Ceci débouchera à une comparaison d’un éco-tourisme réalisé dans l’institut et un tourisme sauvage dans les camps. Je montrerai alors que le tourisme diffuse les images de l’éléphant ayant cours avant les ruptures, redonnant une nouvelle place à l’animal et conservant mécaniquement ses représentations de symbole de la nation, tout en étant devenu un bien de consommation de masse. Dans ce même sens, je démontrerai que depuis plus d’une décennie des inventions de traditions mettant l’éléphant au cœur de rituels s’effectuent, lui redonnant ainsi une place dans la vie quotidienne ou cérémonielle thaïlandaise. Plusieurs actions conjuguées permettent ainsi de sauvegarder l’animal et de lui redonner du sens dans un contexte de crise écologique mais également sociale du fait de l’évolution de la société. La pluralité de ces actions démontre que les premiers enjeux et causes de la préservation d’un animal ne sont pas forcement l’écologie, d’un point de vue stricte, mais l’investissement symbolique et les représentations qu’une culture a de lui. Je dévoilerai alors les différentes relations que les acteurs de cette patrimonialisation ont avec l’éléphant : domestication, soin, compassion, conservation, promotion et faire valoir économique. Cette présentation fera alors apparaitre les mécanismes d’innovation en matière de domestication, d’usages et de gestion de l’animal mais également de création de réseaux et de sauvegarde des savoir- faire locaux afin de préserver l’éléphant comme symbole dans un moment de crise.

Résumé 1ère intervention – E. Faugère : A partir de tensions apparues lors du montage de l’expédition Santo 2006 entre certains membres du gouvernement du Vanuatu et les organisateurs de cette expédition, E. Faugère analysera les liens entre sciences et sociétés dont témoigne la politique culturelle mise en place par ce pays. La notion de Consentement Informé Préalable, l’apparition d’une « nouvelle question indigène » et les débats internationaux actuels en matière de bioprospection fournissent un arrière plan complexe dans lequel prennent sens les tensions évoquées. Résumé 2ème intervention – C. Demmer :

En 2010, dans la lignée de l’expédition Santo 2006 (par l’ampleur des moyens financiers, humains et des techniques déployés) et peu après la tenue d’une expédition terrestre au Mozambique animée par Pro Natura International, des naturalistes du MNHN ont organisé une mission d’inventaire des compartiments négligés de la biodiversité marine du sud Malgache nommée Atimo Vatae (« grand Sud »). C. Demmer exposera ici tout d’abord les différents objectifs qui animent les organisateurs et participants dans cette tâche d’inventaire. Dans un second temps, elle reviendra sur les attentes, les revendications et autres prises de positions concernant cette expédition, côté malgache et à différentes échelles (étatiques, régionales et villageoises). Il s’agit par là de repérer, de part et d’autre, l’existence de perspectives patrimoniales et d’en délimiter, le cas échéant, les contours. Si l’analyse des données recueillies auprès des malgaches, relatives à leur rapport aux ressources marines (du point de vue des usages comme des questions de propriété corporelle et intellectuelle), nous dit déjà quelque chose sur la probabilité de rencontrer une volonté locale de mettre la nature en patrimoine, la mise en perspective des enjeux de collecte des scientifiques et des attentes malgaches les concernant, permet de questionner le degré d’opportunité que représente le passage de cette expédition à cet égard.

Jean-Loïc Le Quellec : Valorisation et protection du patrimoine en milieu saharien : l’exemple du Sud-Ouest libyen.

Sur l’immense plateau du Messak et dans le massif voisin de l’Akakus en Libye (inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco), se trouvent des dizaines de milliers de peintures et gravures rupestres qu’un nombre croissant de touristes viennent admirer, se joignant aux voyageurs qui se rendent simplement dans le Sahara libyen pour se reposer, découvrir un nouvel environnement, rencontrer des Touareg, etc. Nombre de pétroliers fréquentent également cette région, soit pour exploiter un gigantesque gisement d’hydrocarbures découvert il y a quelques années dans le Messak, soit pour en chercher de nouveau en procédant à des prospections sismiques. Les autorités libyennes, et en particulier la Direction des Antiquités, établie à plus de 1000 km au nord, connaissent très mal cette région. Entre développement touristique échevelé et mesures radicales de protection, exploitation industrielle sauvage et archéologie de sauvetage, diverses expériences ont eu lieu là depuis une douzaine d’années, qui peuvent nourrir quelques réflexions sur les intérêts contradictoires que focalise cette zone saharienne dont certaines parties sont très difficiles d’accès.

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